Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE
A L’OCCASION DES JOURNÉES DU PATRIMOINE

Qui célèbre le rôle de l’éducation dans le patrimoine et le rôle du patrimoine dans l’éducation « Apprendre pour la vie ».

 

UN LIVRE ON A AIME ON VOUS EN PARLE

L'auteur aborde, sous la forme d'une enquête vivante et percutante, tous les aspects de la vie de ces châtelains, à qui il donne directement la parole. Pour une promenade entre hier et aujourd’hui ……

 

ERIC MENSION-RIGAU  - LA VIE DES CHÂTEAUX.

 

Une visite (et 18 générations …..) avec podcast.à écouter .

https://www.franceculture.fr/emissions/les-pieds-sur-terre/la-dure-vie-de-chateau

 

En 1502, René de Cossé acquiert la terre de Brissac et son somptueux château, il devient ainsi seigneur de Brissac. Cinq siècles plus tard, ses descendants ont gardé son nom : la famille De Cossé-Brissac. En 2020, le fils aîné de la famille, marquis de Brissac, y vit avec sa femme et s'occupe de la gestion de ce patrimoine. A vingt-six ans, le marquis a pris la suite de ses parents et a diversifié l'activité de la propriété.  

 

AVANT- PROPOS

 

Cette enquête a été menée initialement avec le soutien de la Mission du Patrimoine ethnologique (ministère de la Culture) et dans le cadre des programmes de recherche de l’Ethnopôle G.A.R.A.E. (Groupe Audois de recherche et d’animation ethnographique) de Carcassonne.

 

L’auteur a été reçu par les propriétaires qui lui ont expliqué leurs efforts pour continuer à entretenir leurs châteaux disséminés dans les vieilles terres de France, conservateurs des Antiquités et Objets d’art, conservateurs des Monuments historiques et membres de l’Inspection générale du Patrimoine.

 

Comme celle des humains, la vie des châteaux est pleine de mystères et obéit à un destin.

Certains ont subi la guerre de Cent Ans, les guerres de Religion, les ravages de la Révolution, les conflits du XXe  siècle. Ils ont été pillés, brûlés, vendus. Voués au malheur, ils ont eu une vie de chien et sont devenus des martyrs.

D’autres ont échappé à l’infortune. Il s’en est parfois fallu de peu, mais ils ont eu de la chance : ils ont été sauvés et continuent à être aimés.

 

Une double méthode d’investigation a présidé à l’enquête préliminaire à la rédaction du livre. J’ai d’abord effectué une visite ordinaire de chacun des monuments, anonymement mêlé aux visiteurs et, dans la plupart des cas, j’ai prolongé cette visite par un entretien approfondi avec le propriétaire. Les notes prises tout au long des parcours de visite et les informations recueillies auprès des châtelains sont mes sources principales, complétées par la consultation d’ouvrages de types divers (monographies, livres d’art, textes à caractère autobiographique) qui aident à retracer l’histoire des monuments et des familles qui les ont habités.

 

Six chapitres se succèdent.

Le premier souligne l’importance du château comme support de la mémoire lignagère et comme lieu privilégié où se réactivent les liens avec la parenté.

Le deuxième est centré sur l’analyse du statut particulier du châtelain, dont le changement est à la mesure des bouleversements du monde rural depuis la dernière guerre ; il examine comment les liens de sociabilité, existant traditionnellement autour des châteaux, peuvent contribuer à fédérer les initiatives prises pour y organiser et y développer l’accueil des visiteurs.

Le troisième examine les caractéristiques majeures d’un château (architecture extérieure, décoration intérieure, jardins) indépendamment de ce « supplément d’âme »

Le quatrième chapitre – revendiqué par les monuments privés qui, du château majestueux au petit manoir, veulent rester des maisons d’atmosphère (femme, 1943).

Le cinquième analyse les signes, repérés dans l’agencement des pièces, la nature et la disposition des meubles et des tableaux, le choix de certains objets et le rejet d’autres, qui traduisent une cohérence esthétique et une appartenance sociale.

Enfin, un dernier chapitre étudie la manière dont se concilie l’usage privé d’une propriété avec une exploitation touristique dynamique, qui, à l’accueil du public dans le parc et le château, ajoute parfois d’autres activités au caractère commercial plus marqué, telles que la location des salons pour des fêtes, des séminaires ou le tournage de films. Aider à mieux saisir la nécessaire synthèse entre spectacle et intimité, qu’impose l’ouverture au public d’un espace privé où persiste une vie familiale, tel est le souhait qui a guidé ici le désir d’écriture.

 

Une part importante de la richesse patrimoniale de la France est privée :

Le patrimoine bâti protégé – 38 300 monuments dont 13 500 classés (35 %) et 24 800 (65 %) inscrits à l’Inventaire supplémentaire des monuments historiques – appartient pour 47 % à des propriétaires privés, pour 44 % à des collectivités locales, pour 4 % à l’État et pour 5 % à d’autres personnes morales37. Les châteaux et manoirs représentent environ 14 % de ce patrimoine

 

TABLE DES MATIERES  et EXTRAITS  

 

CHAPITRE I

Le château, conservatoire de la mémoire familiale

Le statut particulier des habitants du château

Le château, lieu de fusion de l’histoire familiale et de l’histoire collective

 

CHAPITRE II

Le château, espace de sociabilité

La sociabilité externe

La sociabilité interne

 

CHAPITRE III

Le château, patrimoine artistique et culturel

Par leur architecture extérieure ou intérieure, par leurs liens avec l’histoire, les châteaux privés représentent un patrimoine culturel ayant une valeur en soi, indépendante des familles qui les possèdent. Leur ouverture au public joue simultanément sur deux registres : l’affirmation des caractères particuliers que leur confère la singularité d’être encore habités par une famille et la valorisation d’un patrimoine architectural, ornemental et paysager qui fait d’eux les façades brillantes de l’habitat français.

 

Architecture et décoration

Les jardins

À Saint-Jean-de-Beauregard (Essonne) a été restauré depuis 1984 un potager du XVIIe   siècle, avec des cultures de fleurs, de légumes, de plantes aromatiques, condimentaires et officinales. L’endroit se veut un précieux témoignage des traditions rurales et de l’art de vivre du Grand Siècle. Une visite guidée est proposée, au cours de laquelle est décrite la structure classique du potager du XVIIe  siècle, avec son ordonnance autour d’un bassin central d’où partent quatre allées perpendiculaires, chaque carré formé étant lui-même divisé en quatre autres carrés. On y explique aussi la présence de sauts-de-loup, larges fossés qui défendent l’accès du potager tout en le laissant ouvert sur une vaste perspective. Des informations précises sont données sur la triple production de fruits, de fleurs et de légumes, sur le choix de certaines plantes, comme les cardons placés aux angles des carrés ou les ellébores qui permettent au jardin de conserver des couleurs même en hiver, sur les différentes manières de faire pousser les pommiers et poiriers en contre-espaliers, sur les plantes aromatiques et médicinales du carré des simples.

Quant aux journées des plantes de Courson (Essonne), l’une d’elles a été inaugurée par M.  Brice Lalonde, alors ministre de l’Environnement38 ; un jury international décerne un prix, « les mérites de Courson », à des plantes remarquables pour leur qualité ornementale, leur rareté ou leur intérêt botanique ; le château est aussi un lieu de colloques ou de tables rondes sur l’enseignement du paysage et sur le métier de paysagiste

Même modestes, les manifestations conçues pour promouvoir le château comme site touristique contribuent, à des degrés divers, à resserrer les liens entre l’histoire spécifique du château et celle d’une région, voire du pays.

 

CHAPITRE IV

Le château, scène familiale

Si certains propriétaires cultivent la discrétion, en particulier lorsque le château est dans l’indivision ou géré par une association, le caractère privé des lieux est néanmoins très souvent signalé dès l’entrée. Une plaque apposée sur un mur indique que les propriétaires sont heureux d’accueillir les visiteurs et les remercient, message généralement réitéré par le guide au début de la visite.

« Les habitants de cette demeure vous souhaitent la bienvenue et sont heureux de vous accueillir dans ce qui, depuis sa construction il y a trois siècles, est le berceau de leur famille. Par votre visite, vous faites œuvre commune avec nous, puisque vous participez à la vie et au rayonnement d’un lieu d’histoire » (à l’entrée du château de Pange, Moselle).

« Le château d’Ussé est un monument privé et habité par la famille Blacas. Ils en sont propriétaires depuis le XIXe  siècle. Depuis plus de vingt ans, votre contribution financière permet d’entreprendre d’importants travaux de restauration : restauration des toitures (un hectare), du mobilier de la chambre du roi. Ce château qui a traversé les siècles, […] découvrez-le comme un album de famille » (à l’entrée du château d’Ussé, Indre-et-Loire).

« Cheverny, contrairement à d’autres grands châteaux du Val de Loire, reste habité toute l’année par la famille qui en a la propriété. Ce n’est donc pas un musée froid et impersonnel, glacé dans une splendeur figée, mais une demeure vivante ou le passé historique partout présent se perpétue à travers la vie quotidienne de notre temps. »  Armand Durlewanger, Le Château de Cheverny (Loir-et Cher).

 

Une présence familiale tangible

De multiples détails concourent à donner cette « note plus personnelle9 » destinée à rendre tangible la présence d’une famille, à faire éprouver aux visiteurs qu’ils ne se trouvent pas dans un musée rigide, figé, derrière des cordes qui ne bougent pas (femme, 1945), mais bien, selon la formule consacrée, « dans une maison toujours habitée ». Leur fonction est de faire sentir « l’âme toujours préservée des domaines de famille habités et transmis de génération en génération10 », atout touristique et commercial que cherchait à promouvoir l’association « Châteaux – Prestige de France », fondée précisément sur une charte de qualité d’accueil.

La présence de meubles, de fauteuils, de portraits qui ont traversé quelques générations depuis le XVIIe  siècle (homme, 1924) atteste l’appartenance du château à une même famille depuis plusieurs générations. La diversité des objets et des styles est décrite comme l’apport naturel des générations successives, ce qu’explicite une notice dans l’ancienne salle des gardes du château de Bazoches (Nièvre) où commence la visite :

« Le château présente une suite de chambres, salons, galeries… où sont exposés tableaux, meubles, tapisseries de différentes époques (du XVIe au XVIIIe   siècle principalement) donnant à cette demeure le côté vivant d’une habitation familiale et non d’un musée figé sur une seule période de l’histoire. »

Ainsi des collections étonnantes sont parfois exposées. Au château de Vendeuvre (Calvados), les visiteurs admirent, depuis 1983, une collection de mobilier miniature et de chefs-d’œuvre de maîtrise, qui dresse à échelle réduite un panorama des arts décoratifs du XVIe  siècle à nos jours

 

Dans les anciennes écuries du château de Josselin (Morbihan), est aménagé un musée de poupées anciennes, collection commencée vers 1880 par l’arrière-grand-mère de l’actuel duc de Rohan

 

La mise en spectacle de l’intimité

La Demeure historique recommande de remplacer les cordes par des cordons de velours ou des rubans (Ouverture au public…, ). L’audit réalisé sur la « Route Jacques Cœur » rappelle que « les interdits (de toucher ou de photographier) gênent [le visiteur] quand ils ne sont pas expliqués et justifiés ; il faut en tenir compte et tout faire pour interdire d’interdire » (Synthèse des Audits Qualité. Route historique Jacques Cœur.

La Demeure historique recommande un bouquet de fleurs fraîches « au moins dans la première et la dernière pièce visitée » (Ouverture au public…, ).

Certains châtelains cultivent avec succès l’art de créer un faux désordre bien agencé, « un désordre arrangé ». Ainsi, au château de Rosanbo (Côtesd’Armor), de pièce en pièce, une foule de détails suggèrent avec beaucoup de finesse la symphonie du quotidien : on aperçoit dans le salon XVIIIe une coupe de dragées sur un guéridon (remplacées par des chocolats à Champchevrier, Indre-et-Loire) et une bougie parfumée sur une commode, dans le grand salon une bouteille de whisky à demi remplie et un plateau avec verres et apéritifs, sur le bureau de la bibliothèque une paire de lunettes.

 

CHAPITRE V

Le château, espace de rêve

Lorsqu’il a réussi à chevaucher les siècles en restant dans la même famille et à conserver « une vie et une âme », selon une formule récurrente des notices publicitaires, le château est particulièrement propice à l’éclosion du rêve. Celle-ci est favorisée par l’ancrage dans le temps et le spectacle de l’ancienneté continuellement revivifiée.

« Il y a en Anjou un château où rien n’a changé depuis que, en 1772, le maréchal de Contades, gouverneur de Strasbourg, le fit bâtir, décorer et meubler. […] Tout y est encore, rien n’a changé de place, et l’on n’a rien “modernisé”. Ce cadre intact de l’existence d’un grand seigneur de l’Ancien Régime, où l’on a l’impression de remonter le temps, est toujours entretenu et habité par les héritiers du maréchal de Contades . »

 

Le conservatoire des traditions

Censé préserver un équilibre entre le passé révolu et la vie contemporaine, le château privé s’érige en contrepoids symbolique à l’érosion d’un passé émietté par le déclin des traditions et, plus largement, par ce que Henri Mendras a appelé la « seconde révolution française », celle qui a définitivement détaché la France de son socle rural historique. Se profile, à l’arrière-plan, l’image du refuge, indissociable de l’histoire de tout château.

 

J’ai l’impression que les gens sont moins intéressés à l’heure actuelle par les intérieurs. Ce qu’ils aiment, c’est voir comment on vit dans le château. La mode est aux jardins et aux cuisines. Ouvrir la cuisine, c’est parfait ! Nous avons aussi une petite basse-cour et nous faisons vivre nos bêtes sur la pelouse : poules, coqs, dindes, oies. Cela touche les gens. Ils viennent ici pour essayer de retrouver un peu de ce qu’ils ont connu chez eux 

Parfois est présentée sur un des murs une « recette du château », comme celle du pâté de foie gras à Montgeoffroy (Maine-etLoire). Une étagère est remplie de bocaux contenant de la farine, du sucre, du chocolat, des cornichons, des légumes secs ou des fruits en conserve ; une tresse d’ail est accrochée à un mur

À Champchevrier (Indre-et-Loire), où la lingerie et la cuisine sont aménagées avec un soin tout particulier, on découvre en outre une des premières machines à laver mécanique munie de son essoreuse, une boîte à laver garnie de paille que la lavandière emportait au lavoir pour s’y agenouiller, les battoirs qu’elle utilisait pour laver le linge, la brouette servant au transport du linge mouillé dont le fond à clairevoie permettait qu’il s’égoutte avant d’être étendu dans le séchoir

 

Le goût aristocratique

Le talent à perpétuer l’esprit d’un lieu, où la séduction du cadre s’unit au bon goût dans le choix des décors, peut devenir, à l’intention des touristes, une véritable enseigne publicitaire conférant au château privé la fonction de réceptacle d’un art de vivre à la française, fruit de l’aisance matérielle et de la recherche esthétique.

Ce sens esthétique se manifeste, certes, dans le luxe éclatant des pièces d’apparat, qui témoignent d’un opulent train de vie et activent le processus de rêve, en particulier lorsqu’elles ont l’allure d’un décor fabuleux, parfois entièrement reconstitué, ce qui arrive dans les châteaux proposant des chambres d’hôtes haut de gamme :

 

Je n’ai pas énormément de chambres, mais elles sont très grandes. L’une est ce qu’on appelle une chambre d’hôte. C’est une chambre très théâtrale avec un grand lit à baldaquin Henri  IV magnifique et quelques meubles de la même époque. J’ai reconstitué une chambre à la Pierre le Grand, comme j’en ai vu à Varsovie et à Rome. Des toiles avec des franges, représentant des tapis, pendent le long du mur. Cette chambre a deux tours adjacentes  : dans l’une j’ai fait installer une salle de bains, dans l’autre un W. C. et une salle de douche.

Cela est très somptueux. Il y a tout le confort et une arrivée de télévision. Avec une telle chambre, dans une propriété classée, je vise une clientèle très luxueuse. Je n’aurai que des étrangers et je peux facilement demander mille francs par nuit avec seulement le petit déjeuner, ce qui ne dérange pas ma vie de famille

 

CHAPITRE VI

Le châtelain et ses visiteurs

Selon les informations que j’ai recueillies auprès des propriétaires. Le pourcentage peut être plus important. Sur la « Route Jacques Cœur », la recette moyenne des boutiques représente 16,3 % des recettes des visiteurs (Synthèse des Audits Qua‑ lité. Route historique Jacques Cœur.

Afin de mieux orienter leurs efforts, ces propriétaires s’efforcent d’être à l’écoute des visiteurs, en leur suggérant par exemple d’écrire leurs impressions sur un livre d’or ou en organisant une « enquête de satisfaction » : Il est important de faire des enquêtes de satis‑ faction auprès des visiteurs à la fin de la visite et d’en tenir compte. C’est plus utile que le livre d’or que nous avons supprimé : une toute petite frange de râleurs s’y exprimaient, mais en général les gens font des compliments. Nous avons eu des phrases merveilleuses, un poème superbe, une page admi‑ rable rédigée par Edwige Feuillère. Les critiques sont plus utiles. En plus, dans le livre d’or, les gens se défoulent, font des dessins, écrivent n’importe quoi, ont gribouillé la signature d’Edwige Feuillère. Il faudrait encore une hôtesse à côté du livre d’or pour empêcher les détériorations !

 

Les contraintes de l’ouverture au public

Psychologiquement, les propriétaires de châteaux vivent dangereusement, car tous les cambriolages sont possibles. Récemment des cambrioleurs ont coupé l’électricité et le téléphone dans un petit vil lage entier – il est vrai un peu paumé, où les habitants, qui se couchent comme les poules, ne se sont aperçus de rien – pour empêcher le déclenchement des alarmes. Pour des raisons évidentes, je ne parle pas de mon système de protection en dehors de mon environnement très proche

 

L’organisation du parcours de visite

Quelques châteaux très professionnels, comme Bazoches (Nièvre), Cheverny (Loir-et-Cher), Maintenon (Eure-et-Loir), Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne), Vendeuvre (Calvados), Villandry (Indre-et-Loire), sont en visite libre, ce qui suppose, soit la rédaction d’un cahier de visite offert avec le billet (Chenonceau, Cheverny, Maintenon, Villandry) ou prêté pour la durée de la visite (Bazoches ou Vendeuvre), soit la création d’un parcours avec audio-guidage individuel (Vaux-le-Vicomte), véritable nec plus ultra qui confère à la visite une qualité presque parfaite.

 

Au cours de la visite je présente un tableau de mon arrière-grand-père, le général de ★ , qui a été décoré de la Légion d’honneur par Napoléon  III sur un champ de bataille sans me souvenir duquel il s’agit. Un jour, un visiteur me dit  : « Solfe‑ rino, madame. » La visite continue. En sortant je montre le très beau porche Louis XVI sur lequel les armes familiales sont surmontées d’une couronne comtale du Saint Empire, sans qu’honnêtement je sache pourquoi. Le monsieur me dit alors : « C’est évident. C’est parce que les propriétaires avaient des terres dans les Flandres. » Je lui ai dit alors : « Monsieur, à qui ai-je l’honneur de parler ? » Il m’a répondu qu’il était le conservateur du musée de ★ . Je me suis dit  : « Mon Dieu ! » et je lui ai demandé alors si j’avais dit beaucoup de bêtises. « Pas trop, pas trop », m’a-t‑il répondu… Mais la plupart du temps vous voyez des gens très simples

Les enquêtes de satisfaction réalisées auprès des visiteurs, telle celle qui a été menée sur la « Route Jacques Cœur », font la même constatation : les visiteurs « veu[lent] avoir le choix entre la visite guidée et la visite libre » et « souhaitent des visites à géométrie variable, pour se garder la possibilité d’organiser la visite à leur rythme, en se ménageant des temps d’observation, de relecture, de compréhension ou de repos »13. On comprend que les quelques châtelains qui ont déjà fait le choix d’une visite libre s’en réjouissent :

Il passe ainsi beaucoup plus de monde. Les gens aiment beaucoup mieux flâner seuls que d’écouter un guide qui récite un boniment

 

Dans l’avenir, d’autres châtelains sans doute les imiteront, mais pour l’instant les visites guidées demeurent l’écrasante majorité. Dès lors, la qualité du site se trouve corrélée à la qualité du guide14, qui lui-même traduit le degré de professionnalisme du propriétaire. Globalement existent trois types de guides. Le premier est le guide professionnel, doté d’un bagage culturel qui le rend capable de replacer le château et les objets qu’il renferme dans le cadre de l’histoire de France et de l’histoire de l’art   …..Le second type de guide est le genre dame charmante du village qui donne presque l’impression d’être de la famille.  ……..Le guide est essentiel : il faut qu’il donne l’impression d’être l’émanation du château, qu’il soit le trait d’union entre la famille, l’histoire de la propriété et le visi teur. On a besoin d’un guide professionnel quand on a des objets exceptionnels. Mais, quand on a des choses moyennes sur lesquelles on greffe l’histoire ou des petites histoires qui passionnent les visiteurs, on peut avoir des guides différents, qui ont avant tout un grand sens humain (femme

En outre, animés par la volonté de pallier la crise actuelle de l’école, où l’enseignement de l’histoire paraît moins solide, certains propriétaires manifestent un réel souci pédagogique et font de véritables efforts en direction du public scolaire :

Cet intérêt porté aux groupes scolaires explique l’accueil favorable que certains châtelains réservent aux « classes de patrimoine15 ». Il a pu donner naissance aussi à l’association « Les châteaux renaissants16 », fondée à Blois en 1992, qui, dans le Loir-et-Cher, s’efforce de « rapprocher » les châteaux privés ou d’État, considérés comme « une exceptionnelle mine pédagogique », et les jeunes, âgés de six à seize ans, en leur proposant de nombreuses activités de création17, « encadrées par des artistes professionnels, dans des lieux prestigieux du patrimoine régional de proximité qu’ils auront appris à découvrir et à apprécier ». Quelques années d’expérience conduisent le délégué général de l’association, François Lemaire, à écrire dans son rapport de l’année 1997 :

« La présence des propriétaires pour la visite et pendant tout le séjour a permis aux enfants d’avoir un regard nouveau et objectif sur la condition de châtelain : ils ont pu mesurer toutes les difficultés d’être propriétaire de tels lieux et la nécessité de s’investir totalement pour la restauration et la mise en valeur des châteaux pour l’intérêt collectif. […] La qualité de l’accueil et de la coopération avec les enseignants et les enfants, de la part des propriétaires ou des responsables, a été ressentie par tous les acteurs. […] Cette atmosphère de convivialité […] a beaucoup impressionné les enfants qui retrouvaient chaque jour “leur” château avec un immense plaisir et l’ont quitté avec beaucoup de regret. Ils se sont promis d’y revenir […] avec leurs parents et amis pour leur faire découvrir un lieu de rêve, ce qui s’est vérifié18. » Cinq châteaux participent à ces opérations : trois châteaux privés, Selles-sur-Cher et Villesavin depuis l’origine, ainsi que Chemery qui a remplacé Roujoux en 1998, et deux châteaux d’État, Fougères-sur-Bièvre et Talcy, depuis 1993.

 

Un château est une petite P.M.E., mais comme nous n’avons pas du tout la logistique, nous sommes débordés. À ★ , ils ont tout ce qu’il faut, soixante-dix personnes, un secrétaire général, ils sont plus outillés que nous. Nous, nous sommes un petit château ; en plus, nous habitons Paris, nous ne sommes pas tout le temps sur place et nous n’avons à y consacrer que le temps que nous pouvons. Quand nous y sommes, c’est un afflux de choses à faire…

En outre, les châteaux gérés par la C.N.M.H.S., qui depuis 199524 généralise la désignation d’« administrateurs de monuments » –  qui habitent sur place et qui, pour certains, se montrent particulièrement actifs –, ont accompli, durant ces dernières années, de spectaculaires progrès en matière d’accueil des visiteurs (parking, accès pour les handicapés, sanitaires, librairie…), d’amélioration de la sécurité, en particulier pour les parties médiévales, et surtout d’aménagement des parcours de visite. Jamais mauvais, les guides y sont souvent bons et parfois excellents. Si l’exposition de petits objets y reste rare car ceux-ci sont en général peu abondants dans les collections publiques, les administrateurs des monuments d’État empruntent aux sites privés les artifices qui donnent l’illusion d’un château habité par une famille

 

Parmi les monuments gérés par la C.N.M.H.S., trois châteaux sont particulièrement exemplaires : Bouges (Indre), Carrouges (Orne) et La Motte-Tilly (Aube). Pavillon à l’italienne qui fait songer au Petit Trianon, le château de Bouges a été légué en 1967 à la C.N.M.H.S., après avoir été restauré et entièrement remeublé par son dernier propriétaire, Henry Viguier (1877-1967), président directeur général du Bazar de l’Hôtel de Ville. Pourvu d’un domaine de 1 080 hectares et d’une importante dotation, le château de La Motte-Tilly a été légué à la C.N.M.H.S. en 1972 par la marquise de Maillé, avec la volonté formelle que « le château ne soit pas habité, mais simplement visité et reste meublé tel que laissé, pour que le visiteur, au-delà de la simple curiosité, ait le sentiment d’une présence25 ». Quant au château de Carrouges, il a été racheté par l’État en 1936, avec une partie importante de ses collections de meubles et de tableaux, après être resté dans la même famille depuis ses origines, au XIIe   siècle. Dans ces trois châteaux de magnifiques bouquets de fleurs sont disposés en abondance tout au long du parcours de visite ; les cordes sont rares et même inexistantes à Bouges, où le visiteur peut déambuler à sa guise dans les pièces pourtant remplies de mobilier. À Bouges et à La Motte-Tilly, où des visites nocturnes sont organisées en été, comme dans de nombreux châteaux privés, on voit des photographies des derniers propriétaires. Même si manquent les vitrines contenant éventails, petites boîtes ou autres souvenirs familiaux et si l’absence d’argenterie explique que le couvert ne soit pas mis dans la salle à manger et que les bougeoirs soient rares, les pièces sont égayées avec talent : jeux de cartes ou livres posés sur une table du salon, buffet garni dans la salle à manger, photographies du château au début du siècle…

 

L’extension des activités

Le souci d’accroître les revenus du château conduit les propriétaires à envisager des activités lucratives autres que la seule ouverture au public. Loin d’être décrites en termes de rupture par rapport au passé, elles sont intégrées dans la tradition d’accueil du château et présentées comme une forme d’adaptation aux modalités contemporaines de rencontres et d’échanges. L’anglophilie étant depuis le XIXe   siècle un trait majeur de la distinction des élites aristocratiques, la comparaison avec les châteaux anglais qui, plus tôt qu’en France, ont été ouverts au public et sont devenus des centres d’animation culturelle, intervient souvent pour garantir la conformité avec la tradition. L’une des activités les plus classiques est l’installation d’un salon de thé dans une partie des communs, afin de rendre le château plus accueillant et d’y attirer notamment le « gérontoscope27 », c’est-à-dire les membres des clubs du troisième âge.

Une autre activité très répandue est la location, pour des mariages, des congrès ou des séminaires d’entreprise, des salons ou plus fréquemment des communs aménagés, orangerie ou anciennes écuries, ce qui a l’avantage de rendre moins aisés les cambriolages.

Michelin est prêt à venir faire ses manifestations de région chez moi. Gaz de France a fait quatre déjeuners de cent couverts, Häagen Dazs m’a pro‑ posé de louer les caves, les salons et la grande salle pour faire des manifestations

 

ET DEMAIN ?  Le Château et les pouvoirs publics, Une lourde charge, le risque d’éclatement des intérieurs, L’incertitude.

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE

INDEX DES PERSONNES

INDEX DES CHÂTEAUX

 

BRÈVE BIOGRAPHIE DE L’AUTEUR

http://ericmensionrigau.over-blog.com/2020/08/la-vie-des-chateaux.html

son site officiel

Ancien élève de l'École normale supérieure de Paris (1984)2, agrégé de lettres classiques(1986), ancien membre pensionnaire de la Fondation Thiers (1991-1994)3, ancien membre junior de l'Institut universitaire de France (2002-2007)4, chargé d'études archivistiques à la Présidence de la République (1994-1995), Éric Mension-Rigau est professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-Sorbonne (Paris IV) depuis 2008, où il dirige un master d'anthropologie sociale et culturelle5.

Il est titulaire d'un doctorat en histoire de l'École des hautes études en sciences sociales : « La Naissance et les valeurs. L'éducation et la transmission des valeurs familiales dans l'aristocratie et la grande bourgeoisie de la Belle Époque à nos jours » sous la direction de Jacques Revel (1993)6 et d'une habilitation à diriger des recherches en histoire de l'université de Paris-Sorbonne (2002) consacrée à « La persistance de l’identité nobiliaire depuis le milieu du XIXe siècle ».

 

POUR ALLER PLUS LOIN

 

https://www.chateau-abbadia.fr/fr/antoine_d_abbadie

https://encyclopedie.picardie.fr/Saint-Gobain.html

https://fr.wikipedia.org/wiki/Manufacture_de_Beauvais

https://chateaudemontresor.com/

https://www.montpoupon.com/le-musee/

http://www.chateau-bazoches.com/L’émission Secrets

royaute-news-archives.eklablog.com/marie-blanche-de-broglie-a80902148

https://www.thoiry.net/animations-vip/decouvrez-le-chateau-de-thoiry-et-ses-jardins-remarquables

https://www.chateaudubesset.com/

https://www.culture.gouv.fr/Actualites/Le-Centre-des-monuments-nationaux-ou-la-passion-du-patrimoine

https://www.berryprovince.com/ma-destination-le-berry/les-destinations-en-berry/route-jacques-coeur/

http://www.chateau-carrouges.fr/

https://www.demeure-historique.org/

http://www.chateau-la-motte-tilly.fr/

http://www.vpah.culture.fr/

https://www.jaimemonpatrimoine.fr/fr/module/81/169/le-chateau-d-o

https://www.chateaudelarocheguyon.fr/

https://chateau-ainaylevieil.fr/

https://www.domaine-dampierre.com/

https://beauregard-loire.com/

 

INFORMATIONS PRATIQUES

 

Ouvrage dans Collection Tempus

Editions PERRIN

92, avenue de France

75013 PARIS

Tél : 01 44 16 08 00

 

#LOIMALRAUX#DRAC#HERALDIQUE#GENEALOGIE#FRESQUEHISTORIQUE#CHATELAINS#TRANSMISSION#PATRIMOINESYMBOLIQUE#REGION#ARCHITECTURE#JARDINS#DYNASTIE#COLBERT#VAUBAN#MECENAT#VIEILLESPIERRES#TOURISME#TRIPADVISOR#INFORMATIONENCONTINUE#CULTUREETPLUS#

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :