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CUECO. JOURNAL D’UN PEINTRE
CUECO. JOURNAL D’UN PEINTRE
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CUECO. JOURNAL D’UN PEINTRE

Musée des Beaux-Arts de Dole

16 octobre 2020 au 7 mars 2021

 

Cette exposition est organisée en partenariat avec le musée de l’Abbaye Sainte-Croix des Sables d’Olonne, Le Transpalette - Centre d’art contemporain de Bourges, La Box - École nationale supérieure d’art de Bourges, et le Carré - Scène nationale et Centre d’art contemporain d’intérêt national du Pays de Château-Gontier. L’exposition a reçu le soutien de la DRAC Bourgogne Franche-Comté, du Conseil départemental du Jura et de l’Association des Amis du musée de Dole.

 

Ce qui m’intéresse, c’est cette lutte, c’est « d’aller y voir », là où l’on croit qu’il n’y a rien à voir ! Henri Cueco (2011)

 

Au départ, il y a une envie partagée : celle de donner une plus grande visibilité à l’œuvre d’un artiste dont nous pensons que la reconnaissance reste modeste. Henri Cueco (1929-2017) est un acteur majeur de la Figuration Narrative en France. Il a fait de sa vie un véritable journal d’images et de récits. Autant attentif aux simples choses du quotidien, aux luttes politiques, aux paysages ou à l’histoire de la peinture, Cueco livre un œuvre singulier qui, sans cesse, met à mal à la fois la dimension élitiste de l’art et la figure du génie. Son style, tant en peinture qu’en littérature, compose avec la sincérité, la modestie, la rusticité, la malice et l’ironie. L’exposition souligne alors un engagement sans compromis envers un œuvre qui trouve une place pertinente au sein des réflexions actuelles portées sur la peinture, sur le rôle et le statut de l’artiste, sur un besoin collectif d’une pensée horizontale et résolument politique. S’il ne s’agit pas d’une rétrospective à proprement parler, l’exposition réunit un grand nombre de séries, de périodes de l’œuvre de Cueco. Nous l’avons pensée comme un journal, celui d’une vie, celui d’un artiste qui a consacré sa vie au dessin, à la peinture et à l’écriture. L’exposition-journal invite à une traversée non exhaustive, mais généreuse dans l’œuvre de Cueco. Elle est ainsi formée d’entrées plurielles où chaque salle explore une thématique précise pour embrasser les lignes directrices d’un œuvre dense et prolifique.

 

Le journal s’ouvre sur un aspect fondamental de l’œuvre de Cueco : le dessin. La salle est en elle -même une synthèse de toute l’exposition, la sélection de dessins renvoyant à différents aspects qui seront fouillés par la suite : l’histoire de l’art, l’image fragmentée, la figure du chien, le paysage, le corps nu, le corps inscrit dans un espace politique, urbain, social. « Il n’y a là toutefois ni début ni fin, je ne remplis qu’une image, tout le reste n’est que fragments, séquences, raccords ; ce serait comme une sorte de regard multiple et simultané, mais sans méthode ni système. En fait, mon travail, qui est en principe ouvert sur un récit, ne raconte rien qui soit cohérent. J’aime le mutisme de ces suites dessinées et, sans doute, je les préfère aux récits trop explicites. Elles ne constituent pas des phrases. Elles somnolent, ou, à la rigueur, s’enfoncent dans le néant d’un récit inaudible. »1 Le récit inaudible dont parlait Cueco est peut-être celui de son regard porté à la fois sur le présent et le passé. Un regard constamment en quête de motifs, de lumière, de couleur, de traits et de nuances. Cueco a, tout au long de sa vie, déployé une réflexion sur l’image. Une réflexion profondément horizontale qui va de son jardin jusqu’à Cézanne, en passant par les ciels, les cailloux ou les dessins d’Ingres.

La page suivante du Journal d’un peintre est ainsi consacrée à ce rapport aux images d’hier et d’aujourd’hui, à la manière dont Cueco s’est emparé de L’Histoire de la peinture pour revisiter les œuvres de grands artistes du passé parmi lesquels Philippe de Champaigne, Giorgione, Delacroix… L’Histoire de la peinture est alors envisagée comme une matière qu’il manipule, déstructure, décompose, morcelle et multiplie. Il confie d’ailleurs avoir « eu un immense plaisir à découper le corps du Christ pour en faire un démontage à reconstituer, avec ses détails et ses fournitures. Parfois les détails sont de possibles dérisions de cette ʺcruci-fic-tionʺ morcelée ».2 Ce plaisir de la fragmentation, du dé/montage et de la décomposition, qui s’applique ici aux œuvres du passé, est un jeu récurrent chez Cueco, et revient comme un fil rouge dans tout le parcours de l’exposition.

1 ARTAUD, Évelyne. Dialogue avec Henri Cueco. Paris : JBZ & Cie, 2011, p.11.

2 ARTAUD (2011), p.20.

Un travail que nous retrouverons également dans la salle des Images empêchées où Cueco travaille la surface de ses œuvres pour en contrarier la lecture. Il peint ainsi des barrières ou des claustras derrière lesquelles on devine un chien ou un mouton. Ces dispositifs se jouent de notre perception qui devient le véritable sujet de l’artiste. « Le discours est haché, brisé par ces structures qui l’annulent. La narration est réduite à l’état de confettis, l’image est entrée dans la toile reblanchie, le spectateur, comme le peintre, sont sommés de se remettre leur histoire dans la gorge. »3

Une autre page du journal que nous pourrions intituler « le réel nu » réunit les Imagiers et les portraits de Pommes de terre. Sur des petits formats, Cueco peint des objets du quotidien. Il peint un soulier à talon, une rallonge électrique, des queues de cerises, un paquet de Gitanes ou encore une épingle à cheveux. Il convoque l’ordinaire pour en isoler des motifs. Il se joue des points de vue et des possibles ressemblances : les élastiques ou le tendeur renvoient ainsi aux serpents et aux vipères exposés un peu plus loin. Il en est de même pour les patates, qui ont fait l’objet de longues observations. Cueco a peint et décrit les nuances chromatiques, le silence, les textures, les creux, les plis terreux, les protubérances, les métamorphoses. « Le silence obtus de la pomme de terre finit par entamer l’indifférence du peintre, il est vrai teintée d’ironie ; ironie fanfaronne mâtinée de peur, peur préférée à l’angoisse, elle, sans cause apparente. Petit moment de conscience d’être, dans ce face à face. Cette ironie révèle aussi un orgueil et une prétention inavouables : affronter le réel nu et s’octroyer d’avance l’excuse de l’échec par l’affrontement dérisoire d’une vieille pomme de terre esseulée. »4 La pomme de terre porte une dimension politique puisqu’elle est aussi un symbole du monde paysan, de la classe ouvrière : « Isoler la pomme de terre du reste du monde, c’est la rendre absurde, ignoble dans sa forme, indifférente, cosmique ou générique, finalement menaçante. »5

Cueco s’est attaché à revisiter une grande partie des genres dits majeurs que représente l’exercice de la peinture. L’autoportrait n’échappe pas à ses explorations picturales. Son visage n’y est pas simplement donné. Bien au contraire, il fait l’objet d’un cache-cache avec celles et ceux qui regardent. Il se représente de dos, la main dans ses cheveux. Son visage est partiellement obstrué par ses mains, par une croix blanche (le croisillon d’une fenêtre), par des mouchetis ou encore par des feuillages. Et lorsque son visage apparaît dans sa totalité, ses yeux restent fermés. « Nous devrions [parler] d’invisible, d’irreprésentable, d’impensable. Autant nommer sans effort et capituler sans décider, sans affront, sans savoir, sans connaître, sans dire, sans penser, sans dire, sans avancer, sans reculer, sans faire, sans rien, sans bouger, sans rire, sans parler, sans pleurer, sans murmurer, sans histoire, sans marcher, sans marchander, sans l’ouvrir, sans la fermer, sans distraire, sans courir, marcher au pas, sans finir de finir, sans parler, sans frissonner, sans avoir peur, sans rien décider, sans trembler en dessinant, en se regardant faire et défaire, en souriant à ce que l’on a dessiné, en versant une inutile larme, sans passer l’arme à gauche, en n’étant pas sérieux, ni sévère… »6

3 CUECO. « Les Claustras », in Cueco. Paris : Cercle D’art, 1995, p.61.

4 CUECO, Henri. Le Journal d’une pomme de terre. Paris : Stock, 2001, p.8-9.

5 CUECO (2001), p.12. Dans un dialogue avec Évelyne Artaud, il ajoute : “Je dois avouer que je n’avais pas vu, ni compris, l’enjeu social de la pomme de terre, sa provocation à exister, à être vivante, mais ce qu’elle représentait du social curieusement m’échappait. La nourricière des pauvres ne me sollicitait pas, mais la force de l’objet me semble être un mystère insondable. Son instance d’objet, sa présence têtue m’a longtemps troublé : l’évidence de la pomme de terre me troublait. » (2011, p.34)

6 ARTAUD (2011), p 67

 

Les autoportraits annoncent les pages suivantes qui articulent le Bestiaire, la Cohabitation entre l’humain, l’animal et leurs environnements, et les Paysages. Trois espaces qui traitent de la relation puissante que Cueco entretenait avec le vivant. « La peinture ne peut renouveler la vision que si elle prend le risque du présent ; c'est-à-dire du vivant, mouvant et ʺirreprésentableʺ. […] La peinture n’est pas métaphysique, elle rend physique au contraire l’immatérialité de l’écoulement, du vivant en transformation. »7 Entre les serpents, les vaches, les herbes, les meutes de chiens, les paysages de Corrèze, les feuillages, les ciels, les moutons et les prés, Cueco traite de l’ensemble du vivant, du monde dans lequel il s’inscrit. « J’ignore tout des plantes que je dessine ou peins comme elles sont indifférentes aux noms qu’on leur donne ; je suis bien décidé à ne pas situer ma rencontre sur cette reconnaissance des mots, mais plutôt sur notre méconnaissance réciproque. »8 S’il a peint et dessiné des paysages depuis les années 1950, on observe qu’à partir des années 1970 il développe un regard sensible vis-à-vis du vivant. Il s’attache aux détails, aux mouvements, aux variations et aux vibrations. La terre sèche, un tas de feuilles, les brindilles d’herbes dans le vent, « le pré d’en bas », il peint et dessine sur le motif ou bien à distance, de la fenêtre de son atelier. Le peintre tient par exemple les paysages corréziens dans sa main : « par la fenêtre, j’ai regardé le paysage par le petit trou qu’on fait avec la main, une sorte de lunette, pour cerner le motif. J’ai peint la main noire, telle qu’on la voit près de l’œil, et le paysage trop lumineux au bout du tunnel. »9 Par là, Cueco archive des rythmes, des instants de vie. « Est-on paysagiste ainsi, les pieds dans l’herbe, à tenter d’inscrire du temps, à enregistrer des filaments de lumière sur de grandes feuilles blanches, à ne rien laisser perdre de ce qui est vu. Appartient-on alors à la modernité ? Ne devient-on pas ruminant ? » 10 .

Peindre le vivant, c’est aussi peindre la vie, sensuelle, désirante, libidinale. Cueco est un peintre et un homme amoureux de la ligne, de la sinuosité des corps, des surfaces de peau vibrantes. Son œuvre tout entier est traversé par la question du désir et du regard érotique du peintre sur ses objets et ses modèles. Et de nombreuses œuvres abordent frontalement la représentation du corps sexué, de la sexualité, des jeux amoureux. Si la violence et la menace du viol sont bien présentes dans certaines œuvres de la série des Jeux d’adultes, c’est bien plutôt à une sexualité libérée, joyeuse et consentie que nous invite l’artiste dans la plupart de ses dessins érotiques, dans ses peintures fragmentées de seins, culs, sexes, langues, dans ses citations des grands peintres des corps que sont Rembrandt, Delacroix, Ingres.

S’il s’est attelé à revisiter les genres de l’histoire de la peinture, on note cependant l’absence du portrait dans l’immense production de Cueco. L’humain, s’il n’est pas un autoportrait ou s’il ne provient pas d’une citation artistique, reste anonyme. Il est réduit à une silhouette, à une image sans identité propre. L’individualité semble importer peu à l’artiste. L’humain – comme le chien – est envisagé en groupe, en meute. Nous avons choisi de rassembler ces foules et ces meutes humaines au troisième étage du musée où est mise en évidence la dimension politique de l’œuvre de Cueco. Dans la vie comme dans son œuvre, l’artiste, qui fut longtemps militant communiste, a toujours manifesté son engagement politique. Si l’ensemble de son travail est d’une certaine manière politique, nombre de ses œuvres expriment, sans détour, un positionnement antimilitariste, anticolonial et critique à l’égard de la violence sociale et des luttes de pouvoir qu’il dépeint dès la fin des années 60. La Guerre du Vietnam et les guerres coloniales dans leur ensemble, les indépendances africaines et la révolution de 1968 ont laissé une empreinte puissante et radicale dans l’œuvre de Cueco. « Il nous fallait réinventer une nécessité à peindre, une nécessité, s’il le faut, extérieure à l’Art. Le rapport au politique et la soumission de l’art à

7 CUECO. « Paysages dessinés », in Cueco. Paris : Cercle D’art, 1995, p.77.

8 CUECO (1995), p.78.

9 CUECO (1995), p.73. Il est à noter qu’en 1979, il participe à la création de l’association Pays-Paysage à Uzerche dans le Limousin, pour créer des alliances de savoirs et de savoir-faire. Il réunit des amateur.trices, des scientifiques et des paysan.nes à mettre en partage un héritage commun.

10 CUECO (1995), p.93.

 

son discours posent brutalement sa raison d’être, et, à terme, le renouvellement de la mise en forme. »11 Pendant deux ans, il travaille sur le projet des Hommes Rouges à travers lequel il représente la lutte collective, la résistance, la violence policière et militaire, la grève, les hurlements et les bras levés des hommes et femmes du peuple. Les œuvres « prennent acte, énergiquement, d’une force en marche. […] L’ensemble est épique, gai et terrifiant, mais pas édifiant. J’ai mis en situation des corps horrifiés et magnifiés par la rencontre avec leur destin historique. »12 Entre la lithographie, la bande dessinée et l’affiche de propagande, la série des Hommes Rouges saisit par le choix d’une écriture graphique radicale. Les corps y sont formés de traits noirs, d’aplats de couleur (rouge, noir, bleu, gris), de hachures et de réserves. Cueco peint l’histoire en marche d’un corps collectif.

Le journal se clôt avec une série de Petites Peintures avec lesquelles l’artiste rejoue l’ensemble de son œuvre en petit format, série qui traverse et récapitule en somme toutes les autres séries produites par l’artiste, y compris certaines peu ou pas représentées par ailleurs dans l’exposition : « ʺLa petite peintureʺ est une démarche simple et prétendue fondamentale par rapport à la peinture. Elle consiste, en croyant au caractère fondateur du regard sur la nature et les choses, à les peindre obstinément avec gentillesse et férocité. Le prélèvement ainsi obtenu devrait irradier au-delà de lui-même. »13

Toute sa vie durant, Cueco aura cherché, dans son œuvre, à restituer non « le réel », mais ce qu’il appelle « l’expérience du vécu ». Le rattachement de son œuvre à la Figuration Narrative a du sens historiquement, mais il masque en partie le véritable enjeu de la peinture de Cueco qui serait « d’avoir le courage bête d’être un peintre » : comme Cézanne se confrontant à une pomme, se confronter à un corps et à sa limite, se confronter à une pomme de terre, à un ciel de nuage, à une brassée d’herbes. Sans aucune certitude ni vérité, Henri Cueco pose un regard sincère et radical sur le monde dans lequel il a vécu. Il a su préserver une liberté formelle et critique. « La manière de peindre ou de dessiner, le dessin, la couleur, sont des dispositifs ludiques ou pervers qui, en chatouillant la superficie, finissent par troubler les profondeurs. »14

Amélie Lavin et Julie Crenn, commissaires de l’exposition.

11 CUECO. « Les Hommes Rouges », in Cueco. Paris : Cercle D’art, 1995, p.31.

12 CUECO (1995), p.32.

13 CUECO, « La Petite Peinture », in Cueco. Paris : Cercle d’art, 2001.

14 CUECO (2001), p.17.

 

BIOGRAPHIE

Henri Cueco est né à Uzerche (Corrèze) le 19 octobre 1929.

Le thème permanent, récurrent de son travail est le rapport de l’homme à la nature. Contrairement à de nombreux artistes de sa génération, il est préoccupé par le rôle social de l’artiste et par la réalisation d’une peinture qui ne se satisfait pas de n’être que la déclinaison de la peinture elle-même. Personnalité marquante de la Nouvelle Figuration ou Figuration critique, Cueco participa activement au salon de la Jeune Peinture, à la Coopérative des Malassis, dont il fut membre fondateur en 1969. Réflexion sur l’image, l’itinéraire de Cueco est fait de ruptures apparentes. Les cassures du temps, idéologiques, psychologiques, génèrent les cycles de son travail.

Se succèdent de 1965 à 1975 Les Jeux d’Adultes et Les Hommes Rouges ; de 1972 à 1976 Les Chiens et Les Claustras ; de 1977 à 1987 Les Herbes/Paysages dessinés marquent un retour au motif ; de 1987 à 1990 Sols d’Afrique, série inspirée non pas par un récit de voyage (Je hais le folklore) mais d’après des livres sur l’Afrique dont les photos l’ont ému.

En 1993, il publie son journal d’atelier, ou Journal d’une pomme de terre. À l’occasion de cette parution, la galerie Louis Carré & Cie présente 150 petits portraits de pomme de terre, œuvres réalisées parallèlement à l’écriture de son journal.

Collectionneur dans l’âme ou âme d’un collectionneur – l’humanité se divise en deux catégories : les jeteurs et les gardeurs. C’est de famille – Cueco supporte mal qu’on jette, qu’on détruise. Si bien qu’en plus des trésors arrachés aux décharges ou chinés, il vit parmi tous les objets dont il refuse de se défaire : cailloux, noyaux et queues de cerises, noyaux de pêches, de prunes, noisettes, amandes, cailloux, bouts et entaillures de crayons, papiers froissés, ficelles, élastiques de bureau, etc.

Dès 1986, il peint les objets qu’il accumule sur des petits formats tout en déclarant : j’ai voulu prendre un risque avec la banalité et parfois c’est elle qui a gagné. Il dresse l’inventaire de sa collection dans son livre Le Collectionneur de collections paru en 1995 aux éditions du Seuil. L’approche plastique de Cueco est avant tout tournée vers les conditions de l’avènement de l’image. La logique de cette démarche conduit l’artiste à travailler à partir d’œuvres de la période classique.

À partir de 1994, Cueco décortique en plasticien la construction des scènes sur lesquelles se représente et s’organise le désordre du monde. En observateur attentif, il relate de manière impitoyable ce qu’il voit, ce qu’il fait et ce qu’il ressent, en s’appuyant sur les œuvres de Nicolas Poussin et de Philippe de Champaigne.

Ces variations, présentées au Centre d’art contemporain de Meymac en 1997 puis à la galerie Louis Carré & Cie, portent principalement sur quatre œuvres : L’Enlèvement des Sabines de Nicolas Poussin, Ex Voto, Le Christ mort et Le Cardinal de Richelieu de Philippe de Champaigne. Durant l’été 2000, l’artiste s’installe avec son matériel de peintre dans les prés au Pouget, et peint le ciel et les nuages, les couchers de soleil, les arbres, les haies et les clôtures par beau et mauvais temps. Une série de 155 tableaux illustre la campagne de Corrèze racontée dans un ouvrage intitulé La petite Peinture, reproduction exacte, en couleur, des pages de son carnet d’artiste, publié aux éditions Cercle d’art en 2001.

2003, année de la canicule. Cueco se tourne vers les misères subies par son jardin durant cet été. Il collecte les grandes feuilles vrillées du paulownia, les saxifrages brûlées, les saules noirs en dentelle, les petites feuilles crispées des noisetiers, celles tannées du chêne. Il les dessine aussi ordonnées et précises dans leurs plis que ceux des robes des sœurs de Port-Royal ; des frondaisons entières fossilisées par le feu des soleils. L’exposition Brûlures des “saxiphrages” est présentée en février 2005 à la galerie Louis Carré & Cie.En 2007, Cueco répond favorablement à l’invitation du musée Ingres de Montauban qui souhaite « compléter le volet de ses expositions consistant à mettre régulièrement Ingres aux prises avec de grands dessinateurs contemporains. » Il se rend à plusieurs reprises au musée et « fait naître de cette “rencontre” une centaine d’œuvres entre fin 2007 et 2009 », exposées en 2010 au musée de Montauban. L’année suivante une sélection de 30 dessins nés de ce dialogue ingresque est présentée à la galerie Louis Carré & Cie. En 2011-2012, il se concentre sur de petits formats pour retrouver au crayon à papier gras, virtuose, « impressionniste » ou affûté, les champs et les vaches, les herbes et ce sol que l’on foule aux pieds. En 2013-2014, il travaille à l’encre, de nouvelles visions mémorielles des paysages d’herbes, d’arbres et de chemins que l’on parcourt, sur des toiles fines et lisses, comme le ferait un graveur, qui se concentre plus sur la représentation de la lumière que sur les formes des objets représentées (qui en découlent).

Cueco meurt à Paris le 13 mars 2017.

 

LE MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE DOLE

 

Fondé en 1821, le musée fut longtemps installé dans le Collège de l'Arc et dans l'ancienne Chapelle des Jésuites attenante, avant que la nécessité d'un lieu dédié et plus adapté à la richesse des collections, constituées tout au long du XIXe siècle, ne s'impose. En 1980, le musée déménage dans un bâtiment ancien, le Pavillon des officiers, édifice d’architecture comtoise du XVIIIe siècle, rénové et réhabilité par l'architecte Louis Miquel. Élève pendant deux ans de Le Corbusier, Louis Miquel défend une architecture d'esprit brutaliste, marquée notamment par son goût pour le béton brut. Pour l'ouverture du « nouveau » musée de Dole, il livre un bâtiment qui, tout en respectant le bâtiment ancien, son plan en L, sa structure et ses volumes, se veut moderne dans sa sobriété et dans l'utilisation, comme une signature forte, du béton brut pour réaliser des balcons intérieurs. L'inauguration en 1980 est suivie trois ans après du développement d'une politique d'exposition et d'acquisition d'art contemporain qui ouvre ce musée des Beaux-Arts sur le présent et initie un dialogue entre les époques qui n'a jamais cessé depuis.

 

Aujourd’hui, le musée poursuit ce dialogue fécond en tâchant de le réinventer sans cesse, s'attachant à fonder son identité sur cette ouverture, sur cette idée du musée comme un lieu qui fait pont entre le passé et le présent, mais aussi entre les arts, entre les domaines de la création, entre les hommes. Le parcours à travers les collections permanentes du musée se déploie sur trois étages du bâtiment, permettant de traverser les époques de façon chronologique et thématique à la fois.

Au sous-sol, la collection d’archéologie est consacrée aux découvertes archéologiques du Jura, du Néolithique à l'époque mérovingienne. Au premier étage, un parcours thématique invite à une présentation résolument non chronologique mêlant art ancien et contemporain du XVIe au XXIe siècle pour permettre à la collection du musée de vivre différemment, de s'affranchir d'une vision positiviste de l'histoire de l'art, de ne plus penser seulement les œuvres en terme d'avancée dans le temps et de progrès, mais plutôt de moments et de rencontres.

La collection contemporaine traverse de fait l'ensemble du bâtiment, et occupe régulièrement tout le 3e étage. Elle s'est constituée depuis 1983 autour du Nouveau Réalisme (César, Arman,…) et de la Figuration critique des années 60 (Monory, Télémaque, Erró, Fromanger…). Elle continue à se développer aujourd'hui, entre art contemporain historique et jeune création, autour de deux grands axes majeurs : image et récit(s) d'une part, art et société d'autre part. Le dépôt des œuvres du Lab'bel, collection d'art contemporain du groupe Bel, vient enrichir ce fonds de façon très complémentaire, ouvrant la collection, largement picturale à ce jour, vers d'autres formes et d'autres familles artistiques.

La programmation du musée garde en fil rouge le dialogue ou l'alternance entre patrimoine et art contemporain : les projets défendus en art ancien s'inscrivent dans un rapport à l'histoire du musée, à son territoire, aux artistes qui constituent le socle historique de la collection. Les expositions d'art contemporain et les projets thématiques trans-historiques, eux, peuvent constituer autant de réponses aux grands axes scientifiques définis pour la collection contemporaine, tout en s'autorisant des chemins de traverses, des libertés, des interprétations (comme c’est le cas en musique), des déplacements....

 

POUR ALLER PLUS LOIN

 

Quelques dates autour de l’exposition (programme en cours de finalisation)

- La VD, Visite du Dimanche Les dimanches suivants à 15h : 25 octobre, 8 et 22 novembre, 6 et 20 décembre, 3 et 17 janvier, 7 et 21 février et le 7 mars

- Apérimusées, les mercredis à 18h30 Programme en cours de finalisation Le mercredi 13 janvier : Musimusée, concert en partenariat avec le Conservatoire à rayonnement départemental de Dole Le mercredi 3 février : vernissage de l'exposition du travail des élèves des ateliers d’arts plastiques autour de l'exposition Le mercredi 3 mars : visite de l’exposition en compagnie d’Amélie Lavin et Julie Crenn, commissaires de l’exposition

- La Nuit des musées Le samedi 14 novembre de 18h à minuit Ateliers d’arts plastiques autour de l’exposition et activités culturelles (concert, projection vidéo, animations ludiques) autour des collections et de la thématique de la Nuit des musées

- Le printemps des poètes Le mercredi 18 novembre à 19h

 

PUBLICATION

CUECO, textes de Julie Crenn, d’Amélie Lavin, Anaël Pigeat et Gaëlle Rageot-Deshayes, 224 p., éd. Lienart

 

Crédits photos

Pour tous les clichés © David Cueco, sauf mention contraire Clichés libres de droits, ajouter aux légendes ci-dessous la mention : © ADAGP, 2020

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée des Beaux-Arts de Dole

85 rue des Arènes 39100 Dole

03 84 79 25 85 / accueil-musee@dole.org

 

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