Les baigneuses de Picasso
EXPOSITION › 3 JANV. 2021
Le musée des Beaux-Arts de Lyon propose une relecture du thème de la baigneuse dans l’œuvre de Picasso avec, en contrepoint, des œuvres d’artistes du passé, comme Jean Auguste Dominique Ingres, Paul Cézanne ou Auguste Renoir, qui ont influencé Picasso dans le traitement de ce sujet. Des artistes modernes et contemporains seront également présentés car ils se sont intéressés aux baigneuses picassiennes et ont trouvé en elles une source d’inspiration ou le prétexte à une confrontation.
L’exposition est organisée en partenariat avec le Musée national Picasso - Paris et avec le concours de la Peggy Guggenheim Collection de Venise. Les trois institutions possèdent chacune une œuvre quasiment jumelle, exécutée en février1937, quelques semaines avant que l'artiste ne travaille à Guernica. L’exposition « Picasso. Baigneuses et baigneurs » a été conçue en grande partie à partir du fonds exceptionnel du Musée national Picasso - Paris. Elle présente près de 150 œuvres issues d'importantes collections publiques en Europe et au Canada ainsi que de collections particulières. Elle s’accompagne de la présentation de pièces d’archives relatives aux différents séjours en bord de mer effectués par Picasso et est rythmée par toute une série de photographies de l’artiste et de ses proches, dues notamment à Dora Maar et à Eileen Agar.
À l’origine de l’exposition, Femme assise sur la plage, 10 février 1937, un tableau de Picasso légué au musée des Beaux-Arts de Lyon en 1997 par l’actrice-collectionneuse Jacqueline Delubac. Ce tableau iconique est devenu un véritable emblème des collections. Les trois Baigneuses de 1937 ont été réunies en 2018 pour la première fois depuis leur création à la Fondation Peggy Guggenheim dans l’exposition «Picasso on the Beach», puis au Musée national Picasso - Paris en 2018 dans l’exposition «Picasso. Chefs-d’œuvre ! ».
L’EXPOSITION
https://fr.calameo.com/read/0051132622e3958aa3616
entretien avec Sylvie Raymond.
Pablo Picasso est né en 1881 à Málaga, sur les rives de la Méditerranée. Il a grandi au bord de l’Atlantique à La Corogne, puis à Barcelone. Parisien de 1904 à 1948, il séjourne l’été à Biarritz, Cannes ou Dinard, avant de s’installer dans le Midi de la France. Si la Baigneuse est un sujet traditionnel de la peinture et de la sculpture, Picasso l’investit d’une manière toute singulière. La classique nymphe d’eau douce devient dans ses tableaux et ses sculptures un être comme jailli de l’eau salée, qui habite les plages.
L’artiste transforme la figure de la Baigneuse selon une série de métamorphoses qui ont pour raison à la fois sa propre expérience hédoniste, mondaine, ludique des loisirs balnéaires, et l’évolution de son propre travail plastique. Suivre les avatars de la Baigneuse de Picasso, c’est ainsi traverser l’ensemble de sa création et de sa vie.
C’est aussi pénétrer une autre histoire, celle de l’imaginaire picassien des bains de mer, alors même que se démocratisent les séjours au bord de l’eau. En contrepoint de cet axe principal, des artistes du passé ou d’aujourd’hui viennent offrir leur regard sur la Baigneuse de Picasso, témoignant de la fécondité de cette figure.
BAIGNEUSES ET MODERNITÉ
Pablo Picasso s’inscrit dans le sillage d’une modernité en peinture qui réinvente la figure de la Baigneuse. Dans l’art ancien, la Baigneuse — Diane aux bois, Suzanne surprise par les vieillards ou nymphe sylvestre — évolue dans la forêt et illustre un récit mythologique ou biblique. Le peintre symboliste Pierre Puvis de Chavannes (1824-1898), que Picasso étudie avec attention au tournant du siècle, commence à lui donner une dimension davantage métaphysique et mélancolique.
Les artistes modernes, eux, abandonnent toute référence écrite et certains sont particulièrement regardés par Picasso. Édouard Manet (1832-1883), sur les pas d’Eugène-Louis Boudin (1824-1898), brosse les tout nouveaux plaisirs balnéaires, que l’on dit bons pour la santé, une mode venue d’Angleterre au cours du XIXe siècle.
Paul Cézanne (1839-1906), collectionné par Picasso, stylise des corps féminins nus sous les arbres sans les rattacher à une référence quelconque, affirmant déjà l’autonomie de la peinture qui s’affranchit des codes traditionnels de représentation élaborés pendant la Renaissance. Paul Gauguin (1848-1903), à la recherche d’une radicale étrangeté, va chercher ses modèles en Polynésie. Auguste Renoir (1841-1919) campe une nymphe bien réelle, comme jaillie de la vie quotidienne, qui, aidée de sa femme de chambre habillée, fait sa toilette. Tous inspirent Picasso
1908 BAIGNEUSES AU BOIS
Les premières Baigneuses exécutées par Picasso surgissent au milieu des bois alors que l’artiste espagnol travaille à l’élaboration du cubisme, fruit d’une recherche sur la forme, le point de vue et l’espace. Le thème de la forêt est inspiré de la peinture de Paul Cézanne. Picasso cherche une stylisation géométrisée des corps dans la sculpture africaine.
Il y puise aussi une vision magique de l’art qui donne à ses baigneuses une forme d’étrangeté. L’art selon Picasso doit avoir le pouvoir de modifier l’esprit et le monde. Les différentes études présentées dans l’exposition préparent deux grands chefs-d’œuvre de l’année 1908, les Trois femmes et la Dryade (Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage).
Picasso approfondit sa représentation de la forêt à l’été 1908 lors d’un séjour dans le hameau de la Rue-des-Bois, non loin de Compiègne. Il découvrira à son retour les toiles pré-cubistes que Georges Braque (1882-1963) a peintes à l’Estaque et qui représentent également le sous-bois méditerranéen en différents volumes simplifiés. Cette même année, André Derain (1880-1954), proche des deux peintres, interroge à son tour la figure de la Baigneuse et, un œil sur Cézanne, l’autre sur le cubisme naissant, géométrise les corps et le paysage.
1918-1924 RIVAGES ANTIQUES, RIVAGES MODERNES
À l’été 1918, la Baigneuse de Picasso migre des forêts aux plages. L’artiste rend compte de l’expérience nouvelle du loisir mondain des bains de mer. Il a épousé Olga Khokhlova, danseuse des Ballets Russes, et passe avec elle sa lune de miel à Biarritz. Les Baigneuses (Paris, Musée national Picasso - Paris) peintes alors portent des tenues de bain modernes.
Leurs positions en torsion, la ligne fluide de leur silhouette, le visage renversé de profil, le cou cassé de l’une d’entre elles — inspirés de la Ménade, cette nymphe antique pratiquant la transe et qui faisait partie du cortège de Dionysos — traduisent aussi l’attention que Picasso porte à la peinture de Jean Auguste Dominique Ingres, qui a lui aussi développé ce motif.
Le peintre espagnol ambitionne de réinventer une forme de classicisme non académique. Alors même que l’antique est à la mode, Picasso déploie les années qui suivent, été après été, une véritable rêverie personnelle du rivage à l’antique, appuyée sur son propre plaisir balnéaire. Sur la plage évoluent des personnages vêtus de drapés, comme venus des temps anciens : Ménades en pleine course, une Famille au bord de la mer, des Baigneuses (Paris, Musée national Picasso - Paris).
À très peu d’années de distance, Picasso inspire enfin l’artiste anglais Henry Moore (1898-1986) qui donne à ses nus couchés selon des attitudes classiques une présence physique bien réelle.
L’ESTRAN
L’estran est l’espace intermédiaire qui se situe entre les marées les plus hautes et les plus basses. Zone interstitielle, mi-terrestre, mi-aquatique, elle charrie ces monstres en miniature que sont les crabes et les crevettes. Elle fascine le réalisateur Jean Painlevé (1902-1989) qui consacre à la fin des années 1920 une série de films documentaires à ces organismes primaires.
Loués par les artistes, de Fernand Léger à Marc Chagall, et surtout par les divers groupes surréalistes, ils révèlent l’étrangeté inquiétante de ce microcosme. Picasso a-t-il vu les films de Painlevé? L’un comme l’autre décrivent la plage comme un espace des confins du monde, peuplé d’êtres archaïques beaux et violents.
Ses tableaux au sable, un matériau que l’on retrouve chez le peintre surréaliste André Masson, exécutés à l’été 1930 à Juan-les-Pins, rassemblent, cousus et collés sur des châssis, des objets et des végétaux ramassés sur la plage et alentours, comme abandonnés après le reflux des vagues.
1927-1929 MÉTAMORPHOSES
De l’été 1926 au début de l’année 1930, Picasso s’engage dans la période des «tableaux magiques», selon une expression du critique d’art Christian Zervos qui souligne par là la grande puissance de cet ensemble de peintures et leur capacité à bouleverser l’esprit humain. Au cours de cette période aussi fondatrice que le cubisme, l’artiste affine son vocabulaire à l’essentiel. L’été 1927, qu’il passe avec sa famille à Cannes et où il dispose d’un grand atelier, est particulièrement fécond. Les corps filaires et déformés de ces nouvelles figures sont placés sous le signe de la métamorphose: minuscule tête d’épingle sans bouche, élongation des membres, grossissement des pieds, gonflement des attributs sexuels, signification du sexe par le signe « losange ». Ce même été, le volume est réintroduit dans les carnets de dessin de l’artiste, où se déploient des séries de Baigneuses aux corps sculpturaux et comme en expansion. Les deux années suivantes, le peintre espagnol séjourne en famille à Dinard sur la côte bretonne et travaille à des séries singulières de Baigneuses subissant des déformations similaires mais à l’allure ludique et enfantine. En 1927, Francis Bacon, alors âgé de dix-huit ans, découvre l’œuvre dessiné de Picasso à la Galerie Paul Rosenberg à Paris. Il est ensuite frappé par ses tableaux magiques et ses Baigneuses de Dinard, comme en témoignent ses premières peintures. Ces baigneuses de la fin des années 1920 reviennent aujourd’hui dans les grandes toiles de l’artiste Farah Atassi (née en 1981) mais davantage comme motif que comme sujet.
1930-1933 PLÂTRE, BRONZE, ET OS : LA TROISIÈME DIMENSION
Pablo Picasso acquiert en 1930 le château de Boisgeloup. Les écuries, transformées en atelier, lui permettent de reprendre la pratique de la sculpture. La question du rapport entre peinture et sculpture, déjà abordée largement dans le cadre du cubisme par le modelage et l’assemblage, revient en force dans le travail de l’artiste. Il modèle alors des séries de Baigneuses gracieuses, mais aux membres comme inachevés et aux formes sinueuses.
Les dessins préparatoires de Picasso évoquent des osselets. En 1943, il déclare au photographe Brassaï : « J’ai une véritable passion pour les os... [...] Avez-vous remarqué que les os sont toujours modelés et non taillés, qu’on a l’impression qu’ils sortent d’un moule après avoir été modelés dans la glaise? Quel que soit l’os que vous regardez vous y retrouverez toujours l’empreinte des doigts... [...] L’empreinte des doigts de ce dieu qui s’est amusé à les façonner [...].
Et avez-vous remarqué comment, avec leurs formes convexes et concaves, les os s’emboîtent les uns dans les autres?» Les corps sont ainsi composés comme par assemblage, à l’image des os. La peinture, telles Figures au bord de la mer (Paris, Musée national Picasso - Paris), recherche ainsi l’illusion du volume. En 2014, l’artiste Elsa Sahal (née en 1975), fascinée par les corps morcelés de Picasso, exécute une série de sculptures en céramique évoquant des moignons.
En 1933, pour les séries de dessins des Accouplements et des Anatomies, figurant des associations de corps et de parties de corps, Picasso renoue avec la veine ludique et enfantine de Dinard. La fragmentation du corps devient extrême dans la grisaille de la Nageuse (Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía), rare figure de ce type dans l’œuvre de Picasso, dont les seins et les bras semblent se détacher du corps.
La représentation de corps en morceaux se retrouve dans la sculpture de deux artistes contemporains de Picasso. Son ami le sculpteur espagnol Julio González (1876-1942), qui lui apprend à réaliser des sculptures soudées en 1928, construit des corps quasi abstraits réduits à quelques signes essentiels. Très attentif au travail de Picasso, l’Américain David Smith crée ses premières sculptures dans cette même veine.
1937 BAIGNEUSES DE PIERRE
Février 1937 : la guerre d’Espagne fait rage depuis plus de dix-huit mois. Picasso a reçu en janvier la commande d’une peinture monumentale pour le Pavillon espagnol de l’Exposition internationale des arts et techniques appliqués à la vie moderne de Paris. Si Madrid a pu résister à une offensive franquiste, la ville natale de l’artiste, Málaga, tombe le 8 février face à un corps expéditionnaire envoyé par l’Italie de Mussolini. Est-ce cette défaite qui fait revenir Picasso sur le rivage de son enfance? Au lieu de travailler au tableau qui deviendra Guernica (1er mai-4 juin 1937, Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofía), il crée les 10, 12 et 18 février une série de trois Baigneuses sur la plage, aux attitudes enfantines.
La première (Lyon, musée des Beaux-Arts), qui reprend le type de la sculpture gréco-romaine du petit «tireur d’épine», est assise, les jambes étendues devant elle. Sur le second tableau (Venise, Peggy Guggenheim Collection), deux Baigneuses jouent avec des bateaux pendant qu’une troisième, dont seule la tête émerge de l’eau, les observe. La troisième (Paris, Musée national Picasso - Paris), assise en tailleur, lit un livre, la tête sur ses poings. Pour autant, ces Baigneuses ont des formes rebondies évoquant la fécondité féminine, celles des Vénus préhistoriques, telle la Vénus de Lespugue (Gravettien, Paléolithique supérieur) dont Picasso possédait un fac-similé. Leur volume dense et les reflets miroitants tracés au pastel suggèrent une sculpture de pierre recouverte de sable.
Picasso a passé l’été précédent en compagnie de Dora Maar et de plusieurs surréalistes à Mougins. Parmi eux, Paul Éluard, dont il est très proche, ainsi que Roland Penrose fréquentent la photographe anglaise Eileen Agar (1899-1991). Il est possible que Picasso ait vu les clichés que celle-ci a pris à Ploumanac’h (Bretagne) en juillet, représentant d’impressionnants blocs de granit aux formes singulières.
En novembre 2018, l’artiste Guillaume Bruère (né en 1976) est invité à dessiner pendant l’installation de l’exposition «Picasso. Chefs-d’œuvre! » au Musée national Picasso - Paris. Dans une technique de dessin automatique, il réalise en quelques heures quarante-huit dessins d’après les trois Baigneuses réunies pour la seconde fois depuis leur création, après Venise en 2017 et avant Lyon en 2020.
1938-1942 BAIGNEUSES DE GUERRE
Alors que la guerre d’Espagne voit le camp franquiste gagner des positions et menacer Barcelone, Picasso vit le conflit depuis la France. Il ne quittera pas Paris pendant toute la durée de l’Occupation, s’installant dans son atelier de la rue des GrandsAugustins.
Dans un style qui pourrait être qualifié d’agressif, marqué par l’utilisation de stries, il exécute une série de Baigneuses à l’été 1938, à Paris, puis à Mougins. Leurs corps particulièrement déformés, comme torturés, témoignent de la violence des temps. L’artiste métamorphose en scènes de cauchemar des thèmes traités depuis Cannes (1927) et Dinard (1928), tel celui de la cabine de bain que l’on ouvre avec une clef comme pour un rendez-vous secret. Échappatoire à la guerre?
En 1942, Picasso dessine au crayon «magique» à trois couleurs d’autres baigneuses, les replaçant dans des saynètes et des attitudes inventées depuis les années 1920. Peu de temps avant la guerre, le sculpteur Henri Laurens (1885-1954), ami de Picasso, découvre la mer. S’ensuit l’invention du motif de la sirène, récurrent dans son œuvre. Ses représentations du corps féminin, tout en sinuosités, conservent des formes douces malgré l’exagération de certains membres.
1955-1957 LES BAIGNEURS
Pablo Picasso s’installe en 1948 dans le Midi de la France. Il vit à Vallauris avec Françoise Gilot et leurs enfants, puis à la villa La Californie à Cannes et enfin au mas Notre-Dame-de-Vie à Mougins avec Jacqueline Roque.
Comme en témoignent de nombreuses photographies personnelles ou de presse, Picasso, à la belle saison, passe de nombreux moments à la plage en famille et avec ses amis français et espagnols. Il fréquente ainsi la plage de la Garoupe à Antibes. L’artiste, âgé de plus de soixante-dix ans, semble jouir d’une éternelle jeunesse, et se plaît à apparaître en espadrilles et maillot de bain.
Paradoxalement, la figure de la Baigneuse se raréfie au profit de scènes plus vastes qui rendent compte de la nouvelle popularité des plaisirs de la plage. À l’été 1955, pour le tournage du Mystère Picasso d’Henri-Georges Clouzot, Picasso peint sur de très fins papiers journaux placés sur un chevalet - dispositif permettant de voir le dessin se faire en transparence - des scènes balnéaires évoquant tantôt les jeux de plage modernes, tantôt une vie bucolique faisant référence à la poésie antique.
Ce même été, Picasso s’engage dans le cycle des Baigneurs. Il assemble avec ce qu’il trouve six silhouettes en bois reprenant les différentes attitudes des baigneurs. Ces figures seront ensuite fondues en bronze. Trois sont présentées dans l’exposition. À l’été 1957, sous l’œil du photographe David Douglas Duncan (1916-2018) qui en documente les étapes, il peint les Baigneurs à la Garoupe (Genève, Musée d’art et d’histoire) où l’on retrouve les silhouettes de bois.
DERNIERS JEUX DE PLAGE
L’atmosphère d’étrangeté qui baignait les scènes de plage de la peinture de Pablo Picasso de l’Entre-deux-guerres se retrouve dans les derniers tableaux sur ce thème. Alors que sa production picturale s’intensifie du début des années 1960 jusqu’au début des années 1970, quelques Baigneuses réapparaissent, croisant, comme pour cette Femme nue étendue sur la plage (Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Nationalgalerie, Museum Berggruen), la thématique qui deviendra dominante au cœur des années 1960 du «Peintre et son modèle» avec ses séries de nus couchés et des bains de mer.
L’artiste franco-américaine Niki de Saint Phalle (1930-2000) a toujours dit combien elle estimait l’œuvre de Picasso. Puisant aux mêmes sources, celles des silhouettes féminines préhistoriques, elle donne à ses Nanas à partir du milieu des années 1960 des formes rebondies. Bien souvent en maillot de bain, contemporaines des dernières œuvres de Picasso et témoignant elles aussi du caractère populaire des plaisirs de la plage, leurs acrobaties ludiques font irrésistiblement penser aux attitudes des Baigneuses de Dinard (1928) de Picasso.
PICASSO ET LYON
À l’été 1949, Picasso prête personnellement une de ses toiles au musée de Lyon: La tête de bœuf devant la fenêtre (1942) à l’occasion d’une rétrospective consacrée aux « grands courants de la peinture contemporaine (de Manet à nos jours)».
Cet événement inaugure les échanges entre Picasso et l’institution lyonnaise, puisqu’en 1953 et 1962 auront lieu deux expositions personnelles rendues possibles par l’investissement d’un groupe d’amateurs fervents défenseurs de l’art contemporain. Autour de René Jullian, conservateur au musée de Lyon depuis 1933, un groupe de personnalités marquera la vie artistique lyonnaise par leur engagement auprès des artistes, locaux ou internationaux. Parmi eux, Marcel Michaud, galeriste, René Deroudille et Jean-Jacques Lerrant, critiques, ont particulièrement œuvré pour la venue et la reconnaissance de l’œuvre de Picasso à Lyon.
En 1953, l’appui du marchand Daniel-Henry Kahnweiler permet au musée de réunir cent soixante-dix-neuf œuvres, venues de prestigieuses institutions françaises et internationales. L’événement fait date dans l’histoire des expositions de l’artiste espagnol car si d’autres rétrospectives ont déjà eu lieu, elles l’ont surtout été à l’étranger ou à Paris, mais il s’agit d’une première pour une ville française en région.
Il faudra ensuite attendre deux ans pour que soit présentée, en 1955, la première rétrospective parisienne de l’artiste dans une institution publique et près de vingt ans plus tard, en 1966, pour une rétrospective dans un musée national français, au Grand et au Petit Palais. Picasso, très satisfait de la rétrospective de 1953, accepte de faire don d’une toile au musée ; Le Buffet du Catalan (30 mai 1943) entre alors dans les collections.
Les archives réunies dans le catalogue permettent de mesurer l’ampleur de cet événement mais également d’envisager plus largement l’enjeu de la réception de l’œuvre de Picasso à Lyon.
CATALOGUE DE L’EXPOSITION PICASSO. BAIGNEUSES ET BAIGNEURS
Sommaire
Introduction ÉMILIE BOUVARD ET SYLVIE RAMOND
Picasso and the Bather Tradition / Picasso et la tradition du Baigneur RICHARD R. BRETTEL
Picasso, 1928-1937. La Baigneuse, le ballon, la pierre et l’os ÉMILIE BOUVARD
Crucifixions, baigneuses, ossements SYLVIE RAMOND
Préhistoires de plage (fossiles, menhirs, épaves et rochers) RÉMI LABRUSSE
Sur le sentier des Baigneurs à la Chute d’Icare EMILIA PHILIPPOT
Portrait de l’artiste en son absence (Le peintre sans son modèle) DENIS HOLLIER
Biographie axée sur les baigneuses et les séjours balnéaires de Picasso MARIE BLANC Album de photographies et documents d’archives
Catalogue des œuvres exposées :
1 Baigneuses et modernité
2 1908 - Baigneuses au bois
3 Rêve classique 4 1918-192
4 — Rivages antiques, rivages modernes
5 L’estran
6 Métamorphoses 1927-1929
7 1930-1933 — Plâtre, bronze, os: la troisième dimension
8 1937 — Baigneuses de pierre
9 1938-1942 — Baigneuses de guerre
10 1955-1957 — Baigneurs
11 Derniers jeux de plage
Picasso et les autres, une mise en regard ROMAIN PERRIN
Dossier Picasso et Lyon MARIE BLANC
Anthologie: Les Baigneuses, une iconographie du mythe
Picasso JULIETTE DEGENNES Picasso au musée des Beaux-Arts de Lyon
Notices techniques des œuvres
Bibliographie
ŒUVRES DE PICASSO CONSERVÉES AU MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LYON
PEINTURES
Femme assise sur la plage, 1937. Huile, fusain et pastel sur toile H. 130,5; L. 162,5 cm. Legs Jacqueline Delubac, 1997
Nu aux bas rouges, 1901. Huile sur carton marouflé sur bois H. 67,7; L 51,6 cm. Legs Jacqueline Delubac, 1997
Le Buffet du catalan, 1943. Huile sur toile H. 81,3; L. 100,5 cm. Don de l’artiste, 1953
Tête de mouton écorchée, 1939. Huile sur toile H. 50; L. 61,2 cm. Dépôt du Musée national Picasso - Paris, 1990
Vanité, 1946. Huile sur contreplaqué H. 53,7; L. 65 cm. Dépôt du Musée national Picasso - Paris, 1991
Les Musiciens, 1972. Huile sur toile H. 73,2; L. 92,3 cm. Dépôt du Musée national Picasso - Paris, 1991
ARTS GRAPHIQUES
Etude de profils, 6 décembre 1948 Lithographie H. 73; L. 54 cm. Acquis par le musée en 1954
Tête de femme au chignon, 4 janvier 1953. Lithographie H. 65; L. 43 cm Acquis par le musée en 1954
L’Italienne, 1953. Lithographie H. 44,5; L. 38 cm Don de Daniel-Henry Kahnweiler, 1961
Homme couché et femme assise, 23 décembre 1942 Encre de Chine et grattages sur papier H. 50,5; l. 65,5 cm. Dation en 1990. Dépôt du Musée national Picasso - Paris, 1991
Deux nus assis, 7 janvier 1943 Encre de Chine et grattages sur papier H. 50,8; l. 65,3 cm. Dation en 1990. Dépôt du Musée national Picasso - Paris, 1991
SCULPTURE ET LA CÉRAMIQUE
Le Hibou, 22 février 1953 Terre cuite polychrome H. 34; L.38 cm. Acquis par le musée en 1954
Le Vase aux chèvres, 1952. Faïence émaillée H. 18,5; L. 22,5 cm. Don Jean Chevalier, 1996
Et plus encore …..
POUR ALLER PLUS LOIN
Biographie Pablo Picasso 1881 Naissance de Pablo Picasso à Málaga (Espagne). Après 1966 Picasso continue à créer activement jusqu’à sa mort, le 8 avril 1973 à Mougins.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Pablo_Picasso
COMMISSARIAT DE L’EXPOSITION
Sylvie Ramond, directeur général du pôle des musées d’art de Lyon MBA MAC, directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon
https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_des_Beaux-Arts_de_Lyon
Émilie Bouvard, directrice scientifique et des collections, Fondation Giacometti, Paris, ancienne conservatrice au Musée national Picasso - Paris.
L’exposition est organisée en collaboration avec le Musée national Picasso - Paris
L’exposition a bénéficié du soutien du Club du musée Saint-Pierre, mécène principal de l’exposition.
Crédits Photos
Pablo Picasso, Joueurs de ballon sur la plage, Dinard 15 août 1928. Huile sur toile. Paris, Musée national Picasso - Paris. © Succession Picasso 2020. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso - Paris) /René-Gabriel Ojéda
Lucien Clergue, Picasso sur la plage de l’hôtel Gonnet et de la Reine à Cannes, août 1965, Tirage postérieur de 1988, épreuve gélatino-argentique, annotée. Achat en 1990, Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP1990-384 (10) © Atelier Lucien Clergue / SAIF © Succession Picasso 2020. Photo © RMN-Grand Palais (Musée national Picasso - Paris) / image RMN-GP
MUSÉES ET INSTITUTIONS PRÊTEURS
Allemagne Berlin, Staatliche Museen zu Berlin, Museum Berggruen
CANADA Toronto, Art Gallery of Ontario
ESPAGNE Madrid, Fundación Almine et Bernard Ruiz-Picasso para el Arte Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia Museo Reina Sofia
ÉTATS-UNIS New-York, Estate of David Smith
FRANCE Montauban, Musée Ingres Bourdelle Paris, Centre Pompidou, Musée national d’Art Moderne Paris, Musée d’Orsay Paris, Musée national Picasso - Paris Paris, Galerie Gianna Sistu Paris, Julio Gonzalez Administration Paris, Galerie Georges-Philippe & Nathalie Vallois
ITALIE Venise, Peggy Guggenheim Collection, Venice ; The Solomon R. Guggenheim Foundation, New York
PAYS-BAS Rotterdam, Triton Collection Foundation
PRINCIPAUTÉ DE MONACO Francis Bacon MB Art Foundation Collection David et Ezra Nahmad
ROYAUME-UNI Londres, Tate Modern
SUISSE Genève, MAH Musée d’art et d’histoire
COLLECTIONS PARTICULIÈRES
BAIGNEUSES ET MODERNITÉ
Pablo Picasso Baigneur et baigneuses 1920-1921, huile sur toile H. 54; l. 81 cm Collection David et Ezra Nahmad
Paul Cézanne AIX-EN-PROVENCE (FRANCE), 1839 - 1906 Cinq baigneuses 1877-1878, huile sur toile, avec une préparation blanche mixte en réserve H. 45,8; l. 55,7 cm. Donation en 1973, collection personnelle de Picasso Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP2017-10
Auguste Renoir (Pierre-Auguste Renoir, dit) LIMOGES (FRANCE), 1841 – CAGNES-SUR-MER (FRANCE), 1919 La Coiffure ou La Toilette de la Baigneuse 1900-1901, sanguine et craie blanche sur papier marouflé sur toile H. 145; l. 103 cm Donation en 1973, collection personnelle de Picasso Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP2017-54
Édouard Manet PARIS (FRANCE), 1832 - 1883 Sur la plage 1873, huile sur toile H. 59,3; l. 73 cm Donation de Jean-Jacques Dubrujeaud, 1953 Paris, musée d’Orsay, inv. RF 1953 24
Paul Gauguin PARIS (FRANCE), 1848 – ATUONA, POLYNÉSIE FRANÇAISE (FRANCE), 1903 Nave nave mahana 1896, huile sur toile H. 95; l. 130 cm Acquis en 1913 Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. B 1038 Pierre
Puvis de Chavannes LYON (FRANCE), 1824 – PARIS (FRANCE), 1898 Étude pour «Vision antique » Vers 1885, aquarelle sur traits de crayon graphite sur papier H. 19,2; l. 24,4 cm Lyon, musée des Beaux-Arts, inv. 2014.3.1 2
1908
BAIGNEUSES AU BOIS Pablo Picasso Trois femmes Paris, automne-hiver 1907, gouache et peinture à la colle sur carton H. 51; l. 48 cm Donation de M. et Mme André Lefèvre, 1952 Paris, Centre Pompidou, Mnam/Cci, inv. AM 2465 D
Nu couché Paris, printemps 1908, huile sur bois H. 27; l. 21 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP22
Nu debout Paris, printemps 1908, huile sur bois H. 27; l. 21,2 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP23
Étude pour «Baigneuses dans la forêt» Paris, printemps 1908, fusain et crayon Conté sur papier à dessin vergé H. 47,7; l. 60,2 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP604
Étude pour «Baigneuses dans la forêt» Paris, printemps 1908, encre de Chine appliquée au pinceau sur esquisse au crayon graphite sur papier à dessin vergé H. 37,2; l. 48,5 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP602
Étude pour «Baigneuses dans la forêt» Paris, printemps 1908, gouache sur esquisse au fusain sur papier à dessin vergé H. 48,4; l. 62,7 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP605
Nu assis Paris, début 1909, crayon Conté sur papier vélin à texture toilée H. 32,3; l. 21,7 cm Dation en 1979. Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP629
André Derain CHATOU (FRANCE), 1880 – GARCHES (FRANCE), 1954 Baigneuses 1908, huile sur carton H. 24; l. 32,5 cm Dation en 1979 Collection personnelle de Picasso Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP3593
1918-1924 RIVAGES ANTIQUES, RIVAGES MODERNES
Pablo Picasso Les Baigneuses Biarritz, été 1918, huile sur toile H. 27; l. 22 cm Dation en 1979. Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP61
Baigneuses regardant un avion Juan-les-Pins, été 1920, huile sur contreplaqué H. 73,5; l. 92,5 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP69
Deux Baigneuses Paris, 24 octobre 1920, gouache, pastel, craie, sanguine et crayon Conté sur papier vélin H. 107,8; l. 75,2 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP944
Famille au bord de la mer Dinard, été 1922, huile sur bois H. 17,6; l. 20,2 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP80
Deux femmes courant sur la plage (La Course) Dinard, été 1922, gouache sur contreplaqué H. 32,5; l. 41,1 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP78
Nu allongé au bord de la mer Antibes, été 1923, plume et encre de Chine sur papier à lettres à en-tête de l’Hôtel du Cap d’Antibes H. 21; l. 26,7 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP986
Baigneuse 1924, crayon graphite et pastels sur papier vélin H. 26,6; l. 20,5 cm Dation en 1979 Paris, Musée national Picasso - Paris, inv. MP1006
Henry Moore CASTLEFORD (ROYAUME-UNI), 1898 – MUCH HADHAM (ROYAUME-UNI), 1986 Two Seated Figures [Deux figures assises] 1924, plume et encre et traces de crayon graphite sur papier.
ACTIVITÉS AUTOUR DE L’EXPOSITION
CYCLE DE CONFÉRENCES
Picasso, métamorphose de la Baigneuse Par Émilie Bouvard, co-commissaire de l’exposition, directrice scientifique et des collections, Fondation Giacometti
mercredi 23 septembre à 18h30 auditorium du musée
Picasso et la Méditerranée
Par Jean-Louis Andral,directeur du musée Picasso d’Antibes date à venir auditorium du musée
Regards contemporains sur Picasso Table ronde avec Elsa Sahal, Guillaume Bruère et Farah Atassi, artistes contemporains présentés dans l’exposition.
vendredi 20 novembre à 18h30
auditorium du musée
NOCTURNES
Picasso littéraire
En partenariat avec le NTH 8,
Nouveau théâtre du 8e Correspondance, poèmes, textes de Picasso et des artistes surréalistes. vendredi 2 octobre de 18h à 22h
Picasso jazz
Avec l’ensemble de jazz Unitrio Frédéric Borey (saxophone, composition), Damien Argentieri (orgue Hammond, composition), Alain Tissot (batterie, composition)
vendredi 6 novembre de 18h à 22h
Picasso musical Avec le Quatuor Debussy vendredi 4 décembre de 18h à 22h
MÉCÈNE PRINCIPAL DE L’EXPOSITION
Le Club du musée Saint-Pierre
Le Club du musée Saint-Pierre rassemble des entreprises mécènes du musée des Beaux-Arts de Lyon. Il est né d’une aventure collective qui a réuni les énergies nécessaires à une levée de fonds exceptionnelle lors de l’acquisition du tableau de Nicolas Poussin, La Fuite en Égypte. Certaines de ces entreprises ont souhaité renouveler leur soutien au musée en fondant le Club, constitué en fonds de dotation.
Il s’est donné pour mission d’accompagner le musée des Beaux-Arts de Lyon prioritairement pour l’enrichissement de ses collections, mais également dans la production de quelques expositions emblématiques.
L’exposition «Picasso. Baigneuses et baigneurs », a ainsi suscité l’enthousiasme et l’adhésion des entreprises du club. L’importance de cette exposition-évènement participe au dynamisme et à l’attractivité du territoire sur lequel les entreprises mécènes sont fortement investies et motive leur engagement auprès du musée qu’elles accompagnent depuis 10 ans maintenant.
Les entreprises du Club du musée Saint-Pierre sont: Apicil, April, bioMérieux, Caisse d’épargne Rhône-Alpes, CIC Lyonnaise de banque, Crédit agricole Centre-est, Descours et Cabaud, Fermob, Gl-events, Groupama, Mora International, Mazars, Reel, Seb, Siparex, Sogelym Dixence.
INFORMATIONS PRATIQUES
HORAIRES D’OUVERTURE
Tous les jours sauf mardis et jours fériés de 10h à 12h30, visites commentées, de 13h à 20h pour le public individuel.
Réservation en ligne fortement conseillée.
TARIFS DE L’EXPOSITION 13€ / 8€ / gratuit
les soirs de nocturne: 5€ / 3 € / gratuit
Achetez vos billets à l’avance sur www.mba-lyon.fr
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