Overblog Tous les blogs Top blogs Mode, Art & Design Tous les blogs Mode, Art & Design
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Signé l'art : ''Manifeste ORLAN. Corps et sculptures ''

LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE
LES ABATTOIRS,  MUSEE - FRAC OCCITANIE TOULOUSE

Signé l’art : ‘’Manifeste ORLAN. Corps et sculptures ’’

>28.08.2022

 

La Compagnie Danse des signes propose une découverte signée, sous-titrée et commentée de l’exposition ‘’ Manifeste ORLAN. Corps et sculptures ’’.  Cette vidéo est visible en introduction des espaces d’expositions.

 

Les Abattoirs, Musée – Frac Occitanie Toulouse sont heureux de présenter une importante exposition de l'artiste ORLAN.

Son œuvre, des années 1960 à nos jours, est envisagé d’une manière inédite. Pour la première fois, la sculpture en est le fil rouge : depuis les photographies Corps-Sculptures, les performances, les chirurgies, les sculptures de plis jusqu'à l'IA et la robotique. Plus qu'une monographie classique, c'est une exposition manifeste, conçue en étroite collaboration avec l'artiste, qui est proposée aux Abattoirs.

ORLAN est une figure incontournable de l’art de la seconde moitié du XXe siècle et du XXI e siècle Elle a eu un rôle majeur dans l’histoire de l’art féministe et performatif. Tout au long de sa carrière, ORLAN sort du cadre et fait de son propre corps le médium, la matière première et le support visuel de son œuvre. Dès le départ, il devient l’outil et la matière pour mener une relecture de l’histoire de l’art et des normes imposées par la société. Au sein d’une démarche transdisciplinaire qui allie la sculpture, la performance, la photographie, la vidéo et l’installation, ORLAN se saisit aussi bien des mediums traditionnels que des nouvelles technologies - du minitel au numérique, en passant par la robotique, les sciences médicales, le jeu vidéo ou encore la réalité augmentée. ORLAN est une artiste pionnière puisqu’elle est l’une des premières artistes à s’être approprié des techniques scientifiques et médicales comme la chirurgie et les biotechnologies. Elle n’a de cesse de faire appel à l’innovation technologique pour envisager l’humanité dans toutes ses dimensions.

Depuis les années 1960, ses positions innovantes et subversives détournent les codes et les conventions préétablis. Non sans humour et provocation, ORLAN s'oppose à la morale, aux déterminismes naturels et sociaux, ainsi qu’à toutes les formes de domination : suprématie masculine, religion, ségrégation culturelle, racisme, etc. À travers sa vie et son art, elle a défendu la liberté plus que tout. Son œuvre éminemment politique nous engage à l’émancipation et à la résistance face aux diktats. ORLAN sculpte donc son corps et son identité, on peut dire qu'ORLAN est elle-même une sculpture. L’artiste manifeste une liberté sans borne et lutte pour que chacune et chacun puisse concevoir son propre destin, son propre corps.

Le parcours aux Abattoirs rassemble une centaine d’œuvres et de documents réalisés depuis les années 1960 jusqu’aujourd'hui et issus d'un très large éventail de médias, dont des sculptures, son robot, des photographies, des vidéos, des performances, etc. L’exposition met en valeur des œuvres iconiques et d’autres plus méconnues – provenant de collections publiques et privées, ainsi que de l'atelier de l'artiste - augmentées d’archives historiques.

Un catalogue est publié à l’occasion de cette exposition aux éditions Manuella. Il comporte des essais inédits portant un regard nouveau sur l'œuvre d'ORLAN.

 

LE PARCOURS DE L'EXPOSITION

L'exposition Manifeste ORLAN. Corps et sculptures occupe tout le rez-de-chaussée des Abattoirs.

 

Commissariat :

Julie Crenn, Historienne de l'art et commissaire d'exposition indépendante

Annabelle Ténèze, Conservatrice en chef, directrice des Abattoirs

Nef : LA HALLE ORLAN

S. 1 : PRENDRE L'ESPACE

S. 2 : ORLAN VRAIMENT ORLAN

S. 3 : MUSÉE ORLAN

S. 4 : INTER-ACTIONS

S. 5 : ORLAN BAROQUE

S. 6 : HYBRIDATIONS

S. 7 : PERFORMANCES CHIRURGICALES

 

Salle 1

PRENDRE L'ESPACE

Dès la fin des années 1960, ORLAN décide de sortir du cadre pour confronter son corps à l’espace et en prendre pleinement la mesure. L’artiste procède à une déconstruction de territoires où les femmes sont invisibilisées : la rue, l’histoire de l’art, le musée, les monothéismes, la famille.

En 1967, elle réalise une action, Nu descendant un escalier, une référence appuyée à la peinture de Marcel Duchamp datée de 1912. ORLAN s’y présente en contre plongée, nue et portant des talons hauts. Le choix de la contre-plongée déforme son corps. Elle nous regarde fixement - l’action manifeste la nécessité de reprendre l’espace de la représentation des femmes pour en finir avec les assignations traditionnelles : la muse, le modèle, la mère, la femme enfant, le corps désirable, docile et soumis au regard masculin.

À cet héritage patriarcal, ORLAN fait le choix de présenter son corps de manière agissante et puissante. En 1968, elle réalise une performance dans une rue à Saint-Etienne : Action Or-lent : les marches au ralenti dites au sens interdit. À l’heure de pointe, alors que tout le monde est pressé, ORLAN marche le plus lentement possible. Sa présence est pensée comme une perturbation à l’ordre établi.

Les quatre photographies témoignent de sa volonté de braver les interdits, notamment les interdits qui pèsent sur les femmes et les personnes minorisées.

ORLAN prend à bras le corps l’espace public. Une démarche qu’elle radicalise avec l’activation du premier MesuRAGE à Saint-Chamond, près de Saint-Etienne.

Son corps est l’outil de mesure, l’ORLAN-CORPS, qui va lui permettre de se confronter physiquement à la rue, à l’architecture, aux institutions culturelles. Les MesuRAGEs (1968-2012) sont, entre autres, une réaction à la formule de Protagoras : “l’homme est à la mesure de toute chose”. Mais alors, qu’en est-il des femmes ? ORLAN retourne ainsi les rôles stéréotypés. Elle réalise en 1974, un strip-tease où elle dédrape progressivement son corps nu des linges de son trousseau. Entre 1976 et 1977, elle vend littéralement son corps fragmenté sur un marché portugais. Une performance qui annonce une œuvre devenue iconique : Le Baiser de l’Artiste.

 

Salle 2

ORLAN VRAIMENT ORLAN

Le MesuRAGE de 1968 fut le premier d'une longue série de performances activées jusqu’en 2012. L’artiste y suit un protocole précis, qu’elle explique : “j’enfile une robe faite avec des draps de mon trousseau, toujours la même jusqu’à usure complète ou presque. [...] Je mesure le lieu à l’aide de mon corps en m’allongeant au sol et en traçant un trait à la craie derrière ma tête, puis je me mets à quatre pattes et j’avance de nouveau et m'allonge sur le dos en mettant mes chaussures au ras du trait. Je comptabilise avec un, deux témoins ou plus le nombre d’ORLAN-CORPS contenus dans cet espace. J’écris le constat, je quête de l'eau, j’ôte ma robe, je la lave en public, je fais des prélèvements de cette eau sale dont je remplis des flacons qui seront ensuite étiquetés, numérotés et cachetés à la cire.” Les archives de plusieurs performances entre L’Italie, la Belgique, les  États-Unis et la France sont ici réunies pour en comprendre l’ampleur. Face aux MesuRAGEs, sont présentées les archives d’une performance devenue culte dans l’histoire de l’art contemporain : Le Baiser de l’Artiste (1977). C’est à Paris, au Grand Palais, pendant la FIAC (Foire Internationale d’Art Contemporain) qu’ORLAN décide de s’installer pour vendre ses baisers. Elle raconte :

“J’ai commencé la performance en criant : 5 francs le baiser de l’artiste, une œuvre conceptuelle et charnelle pas chère, une œuvre à la portée de toutes les bourses ! [...] Je déclenchais pour chaque baiser une magnéto diffusant la Toccata en ré mineur de Bach. Lorsqu’après quelques mesures je décidais que c’était terminé, je  déclenchais une sirène d’alarme électronique qui représentait le “surmoi” et marquait la fin de “l’embrassade”.

Beaucoup d’hommes et de femmes ont fait la queue pour ce baiser de l’artiste,  j’ai eu un succès fou !” Dans l’effervescence des mouvements féministes, Le Baiser de l’Artiste dénonce non seulement la très faible place réservée aux femmes artistes dans le marché de l’art et plus largement dans l’espace visible de l’art, mais aussi de la dimension binaire des rôles assignés aux femmes qui, aux yeux de la pensée patriarcale, sont soit des saintes, soit des putains. L'œuvre, volontairement provocatrice, crée un électrochoc dans le milieu de l’art français. ORLAN en paiera les conséquences puisqu’elle perdra, par exemple, son poste d’enseignante à Lyon. Paradoxalement, c’est l'œuvre qui va la révéler aux yeux d’un large public national et international. Elle écrit : “Dans ma vie, il y a eu un avant et un après Le Baiser de l’artiste comme il y a un avant et un après Jésus-Christ pour les chrétiens ! C’est une œuvre pour laquelle j’ai dû déployer impertinence, espièglerie, acharnement, détermination et courage.”

 

Salle 3

MUSÉE ORLAN

"Pourquoi n'y a-t-il pas eu de grandes artistes femmes ?" : publié en 1971, l’essai au titre provocateur de l’historienne de l’art Linda Nochlin fait date. Contemporain du travail d’ORLAN, il est l’une des premières analyses de la manière dont les normes artistiques mais aussi les structures institutionnelles et économiques ont freiné le développement et la  visibilité des artistes femmes.

À cet égard, ORLAN fait le choix de prendre place dans l’espace public, parmi lesquels les lieux du savoir et de l’histoire que sont les musées, sans attendre, de sa propre initiative. Dans À poil / sans poils (1978) au Musée du Louvre, elle renverse par exemple l’image de la muse du peintre : désormais, c’est elle qui tient  le pinceau et la palette. Au Musée Ludwig, à Aix-la-Chapelle (Allemagne), elle s’installe en 1978 sur le socle, refusant la fausse passivité du modèle, à laquelle les femmes ont souvent été réduites dans l’histoire de l’art, pour devenir une statue active et humaine. La même année, elle crée le Symposium international de la performance à Lyon, qu'elle anime jusqu'en 1982 afin de donner la place aux autres artistes.

Pour se faire sa propre place dans l’histoire de l’art elle détourne les chefs- d’œuvre de la peinture, s’identifiant successivement aux modèles féminins célèbres de la Vénus de Botticelli (1484-1485), ou de l’Olympia d’Edouard Manet (1863). Elle interpelle sans cesse sur l’écriture de l’histoire. Désacralisant la matière artistique, elle crée des collages à partir de photocopies, revisite le poids et le carcan de la culture établie sous forme d’actions avec des livres.

Elle invite à relire l’histoire, et à en découvrir de nouvelles. En une provocation ultime, elle s’empare d’une des œuvres les plus controversées, aujourd’hui en majesté au Musée d’Orsay : L’Origine du monde de Gustave Courbet (1866).

Elle refuse la réduction d’une femme à son anatomie, sans bras, ni jambe, ni visage, remplace le sexe féminin par le masculin et intitule le détournement.

L’Origine de la guerre, pour souligner combien virilité et masculinité sont associées à la violence, à la guerre et aussi combien si la nudité féminine a été banalisée, l’inverse beaucoup moins.

 

Salle 4

INTER-ACTIONS

Le Baiser de l’artiste introduit la nécessité d’une interaction physique et directe entre ORLAN et le public. L'œuvre performative ouvre la voie à d’autres œuvres interactives où la question des rôles assignés est placée au centre des préoccupations de l’artiste. De Tête à Claques - Jeu de Massacre (1977) aux Self-hybridations - Masques de l’Opéra de Pékin (2014), en passant par Échangeons, Changeons (1978), les œuvres mettent à contribution le public pour générer des mutations : physiques, vestimentaires, temporelles, culturelles. L’interaction passe par le jeu du déshabillage et du rhabillage du corps de l’artiste. Panoplie de la Bonne à Marier (1981) nous invite à habiller ou déshabiller une silhouette du corps nu et souriant de l’artiste. Un jeu qui comporte des perturbations et des provocations quant aux traditions patriarcales : la translation des genres, le déplacement des stéréotypes, l’incarnation de rôles interdits.

La ORLAN porte par exemple les masques de l’Opéra de Pékin qui interdit pourtant aux femmes de monter sur scène. Elle va même plus loin, puisque si nous scannons les photographies avec nos téléphones, l’avatar en trois dimensions de l’artiste surgit dans l’espace et réalise des acrobaties. En 1978, dans les rues d’Angoulême, elle demande aux passant.es d’échanger leurs vêtements avec les siens.

En 2015, elle met au point un jeu vidéo, Expérimentale mise en jeu, où nous devons aider le personnage principal - Bump Load - à reconstruire une œuvre. La sculpture à l'effigie de Bump Load, qui se trouve à l’entrée de l’exposition, est munie de capteurs qui lui permettent de  réagir à notre présence et à nos mouve ments. Avec détermination et humour, ORLAN instille une urgence : celle de désarticuler les carcans sociétaux qui asservissent les corps. Contre une aliénation systémique et mortifère, l’artiste nous engage à lutter contre les oppressions, contre les jugements moraux et à devenir les acteur-.trices de cette désarticulation salvatrice et émancipatrice.

 

Salle 5

ORLAN BAROQUE

ORLAN interroge : qu’est-ce qu’être une artiste ? Et qu’est-ce qu’être une femme ? Elle prend successivement toutes les identités traditionnelles assignées aux femmes et s’amuse à déjouer les codes de la représentation, de la Fiancée à la Sainte. Dans les processions théâtralisées qu’elle organise à Venise au Palazzo Grassi ou à Paris au Centre Pompidou, ainsi que dans les photographies pour lesquelles elle se met en scène, elle devient tour à tour la sainte martyre mise à nue et la religieuse décidée, la Vierge blanche et la Vierge noire. Sans tabou, elle joue de la transgression des corps et des costumes. Avec solennité et humour, elle souligne l’ambiguïté de la Madone, à la fois femme sacrée et femme objet.

Ancrée dans son époque, elle n’a peur de rien : elle porte du Skaï, brandit ostensi- blement divers objets, escalade des télés et réalise, dans les années 1980, un film sur Minitel – outil dont ORLAN sera l’une des rares artistes à s’emparer, y consacrant même une revue pionnière, ACCES-ART.

Une grande part du travail sur l’iconographie judéo-chrétienne qu’ORLAN développe à partir des années 1970 fait écho à l'œuvre du Bernin, célèbre sculpteur et architecte italien du XVIIe siècle : L’Extase de sainte Thérèse (1647-1652).

 

Cette sculpture d’église représentant la sainte, entre douleur et plaisir au moment où un ange lui transperce le cœur, est considérée comme le chef-d’œuvre du mouvement baroque. Outre le thème religieux, ORLAN partage avec ce modèle le souci de la mise en scène et de la matière, et une obsession, celle de la sculpture de pli. ORLAN n’a de cesse de plier le tissu des draps et des robes, ou d’autres matériaux comme le kraft et la résine, parfois jusqu’à la disparition des corps. La matière ne semble ne jamais s’arrêter de se plier et de se déplier, comme dans l’installation de la nef des Abattoirs. Si l’art du tissu est souvent féministe, l’exubérance des formes, la théâtralité du baroque, et cette obsession du pli permet de faire le parallèle avec Le Pli. Leibniz et le Baroque (1988) du philosophe Gilles Deleuze : « le trait du Baroque, c'est le pli qui va à l'infini ».

En pensée et en art, les plis et les replis permettent de chercher sans fin, sans rupture mais avec des chemins de traverse, dans toutes les directions.

 

Salle 6

HYBRIDATIONS

En 1975, ORLAN diffuse son manifeste de l’Art Charnel pour faire un pas de côté avec l’Art Corporel et se positionner autrement. En voici en définition : “L’Art Charnel est un travail d’autoportrait au sens classique, mais avec des moyens technologiques qui sont ceux de son temps. Il oscille entre défiguration et refiguration. Il s’inscrit dans la chair parce que notre époque commence à en donner la possibilité. Le corps devient un ready-made modifié, car il n’est plus ce ready-made idéal qu’il suffit de signer.” Depuis les Corps Sculpture (1964-1967), où l’artiste porte des masques japonais issus du théâtre Nô, jusqu’aux performances chirurgicales (1986-1993), les hybridations s’inscrivent dans cette démarche de déplacement de son propre corps. La question du masque s’inscrit au cœur des différentes séries. ORLAN hybride les images de son visage à d’autres visages pour fabriquer une troisième image, celle d’un corps mutant, celle d’un masque anti-normes. À travers eux, elle pose la question des diktats imposés aux femmes occidentales et porte la volonté de refuser radicalement les mécanismes d’un système qui conditionne et normalise les corps. De se désinscrire d’une “société qui nous désigne les modèles à intégrer, que ce soient ceux de l’histoire de l’art ou ceux des magazines ou de la pub, la femme qu’il faut être, l’art qu’il faut faire et ce qu’il faut penser.”

ORLAN puise ses sources dans différentes cultures : Occidentales avec une appropriation des œuvres de Botticelli (1994) et de Picasso (2019-2020), Africaines avec l’appropriation de coiffes et de masques issus de différentes cultures (2000-2003), idem pour les références Précolombiennes (1998) et Amérindiennes (2005-2008). Alors le corps modifié devient un lieu de débat public où une pluralité de questions émerge : qu’est-ce que la beauté ? Qu’est-ce que la monstruosité ? Quels modèles nous sont imposés ? Peut-on définir soi-même ? Comment déconstruire les normes ?

Ces questions nourrissent la démarche artistique et critique d’ORLAN depuis les années 1960.

 

Salle 7

PERFORMANCES CHIRURGICALES

"Je veux faire de mon corps un lieu de débat public, répète ORLAN. Au début des années 1990, elle entame en pionnière la série des « opérations – chirurgicales – performances ». Avec le concours de médecins, le bloc opératoire devient un théâtre et un atelier public, où son corps est modifié sous sa direction. Entre 1990 et 1993, neuf opérations sont réalisées, selon un déroulé savamment orchestré. Des effigies-sculptures habillent le décor et les costumes sont conçus avec des designers (Franck Sorbier, Issey Miyake, Paco Rabanne, etc.). Sous anesthésie locale, refusant la douleur, l’artiste consciente lit des textes d’écrivains, de philosophes et de psychanalystes comme Michel Serres, Julia Kristeva ou Antonin Artaud. L’acte d’opération constitue lui-même une œuvre, mais donne aussi lieu à des vidéos, des photographies, des dessins ou des sculptures.

L’identité, sa construction et le corps sont les sujets constants de l’œuvre d’ORLAN, qui désormais se sculpte au sens propre du terme et modèle son apparence, peau et chair comprises. En 1992, elle définit l’Art Charnel comme un "autoportrait au sens classique mais réalisé à l'aide des technologies actuelles". En 1993, l’intervention Omniprésence marque la transformation radicale du visage de l’artiste par des implants aux joues et aux tempes. Depuis New York, grâce à des satellites, la retransmission en direct est diffusée à la Galerie Sandra Gering (New York), au Centre Pompidou (Paris), au Banff Center for the Arts (Banff), ou au MacLuhan Center for Culture and Technology (Toronto). Anticipant l’interaction et la diffusion simultanée, familières à l’ère d’Internet et des réseaux sociaux, elle reçoit fax et appels des spectateurs qui peuvent intervenir en temps réel : les échanges sont traduits en anglais, en français et en langue des signes.

ORLAN interroge très tôt la nouvelle plasticité de la chair, qui permet la recréation de notre propre corps par chacun et chacune d’entre nous, tout en remettant en cause les codes de la beauté et leur violence. Il s’agit ici de se construire soi-même, de se distinguer, à rebours du conformisme et de la reproduction identique de corps normés qu’implique le succès universel actuel de la chirurgie esthétique. Par cette transformation, ORLAN s’est donné l’apparence qui fait sa reconnaissance : en 1964, elle "accouchait d’elle-même" dans la série des Corps-sculptures, mais depuis 1993 elle est complètement, entièrement, en permanence une sculpture d’ORLAN.

 

Biographie de l'artiste

ORLAN est une des plus grandes artistes françaises reconnues internationalement.

Elle n’est pas assujettie à un matériau, à une technologie ou à une pratique artistique. Elle utilise la sculpture, la photographie, la performance, la vidéo, la 3D, les jeux vidéo, la réalité augmentée, l’intelligence artificielle et la robotique (elle a créé un robot à son image qui parle avec sa voix) ainsi que les techniques scientifiques et médicales  comme la chirurgie et les biotechnologies ... pour interroger les phénomènes de société de notre époque.

ORLAN change constamment et radicalement les données, déréglant les conventions et les prêts-à-penser. Elle s’oppose au déterminisme naturel, social et politique, à toute forme de domination, la suprématie masculine, la religion, la ségrégation culturelle, le racisme... Toujours mêlée d’humour, parfois de parodie ou même de grotesque, son œuvre interroge les phénomènes de société et bouscule les codes préétablis.

 

ORLAN en quelques dates

1964-1967 ORLAN crée la série des Corps-sculptures.

1968 Début des performances Mesu-RAGES avec Ceci n’est pas un vœu sur la place Saint-Pierre de Rome, au Vatican.

1976-1977 Le Baiser de l’artiste au Grand Palais pendant la FIAC de Paris, France.

1978 ORLAN fonde le "Symposium international de la Performance", à Lyon, France, qu'elle organise jusqu'en 1982.

1983 ORLAN revisite l'art baroque avec entre autres la série Skaï et Sky et Vidéo.

1990 ORLAN commence la série Opérations-Chirurgicales-Performances.

2005-2008 ORLAN poursuit ses Self-Hybridations avec la série Self-Hybridations Amérindiennes, projet initié en 1994 par Entre-Deux, Self-Hybridation entre la Vénus de Botticelli et le visage d'ORLAN.

2007 Le Musée d'art moderne de Saint Etienne présente la rétrospective "Le récit", France.

2008 ORLAN participe à la Biennale de Busan, Corée du Sud.

2012 ORLAN réalise son dernier Mesu-RAGE en date au : Andy Warhol Museum de Pittsburgh, États-Unis.

Le Musée d’Antioche à Medellin et le Musée d’art moderne de Bogota, en Colombie, organisent l’exposition "ORLAN Arte Carnal o cuerpo obsoleto / hibridaciones y refigurationes".

2015 ORLAN a l’honneur d’être invitée en résidence au Getty Research Institute de Los Angeles aux États-Unis en qualité de chercheuse et d’artiste.

2017 L'exposition "ORLAN" est organisée au MACRO de Rome, Italie.

La même année, l'exposition "ORLAN EN CAPITALES" est présentée à la Maison Européenne de la Photographie à Paris, France.

2018 L'ORLAN-oïde est présenté au Grand Palais de Paris, France, dans l’exposition « Artistes & Robots ».

2020 ORLAN est honorée de la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur au rang de Chevalière.

2021 ORLAN écrit son autobiographie Strip-tease. Tout sur ma vie, tout sur mon art, publiée aux éditions Gallimard. ORLAN reçoit le Prix François Morellet pour cette autobiographie.

 

Les mots d'ORLAN

Un nom, une artiste

"[Je signais] "MORTE" alors que c’est pas mon nom. Il y avait une lettre qui sautait  (...). J’ai voulu garder du mot la syllabe qui était positive, j’ai voulu garder "OR", mais comme une imbécile ensuite je me suis appelée ORLAN au lieu de m’appeler ORRAPIDE, ORVIF... " (1)

"J’essaie de vivre avec intensité mon temps, tout en gardant une attitude à distance, une attitude souvent humoristique." (2)

"L’art n’est pas obligatoire" (3)

"Un travail sans compromis c’est toujours prendre le risque d’être très très mal comprise." (2)

"Je suis dans la vie mais je suis avant tout artiste, je me suis toujours sentie artiste, très très très jeune, j’ai toujours tout fait en fonction de l’art." (1)

"Je ne sais pas si j’ai des étincelles, j’ai toujours une très longue démarche pour l’élaboration d’une œuvre. (...) Jamais je ne fais d’œuvre spontanée." (3)

Engagement et création

"En fait, toute ma vie j’ai essayé d’être une vraie femme sans vraiment y arriver, parce que c’est très difficile ce qu’on demande soi-disant aux femmes pour être intégrées dans la catégorie "femme". D’ailleurs, je dis toujours que je suis infâme et une femme." (3)

"Je pense qu’il n’y a qu’une chose qui compte, que l’on soit un homme ou une femme, c’est être bienveillant. Bienveillant et exigeant, et bien sûr l’agressivité est nécessaire pour survivre, mais uniquement pour la survie. Dans les relations aux autres, l’agressivité est extrêmement mauvaise." (3)

"Je suis une artiste qui ne s’intéresse pas aux matériaux ou en tout cas que dans un second temps. La première chose qui me paraît importante c’est d’être effectivement une citoyenne, une individue positionnée dans le monde et qui essaie de dire des choses importantes pour notre société, importante pour notre époque. (...) C’est la colonne vertébrale de toute mon œuvre, interroger notre société par rapport au corps et par rapport au statut du corps dans notre société, via toutes les pressions qui sont culturelles, traditionnelles, politiques et religieuses, donc bien sûr je parle de tout ce qu’il ne faut pas parler." (3)

"L’hybridation c’est aussi l’acceptation de l’autre, c’est aussi l’hospitalité."(2)

"Les jeux vidéo, c’est vraiment incroyable, tous les stéréotypes, en particulier du corps des femmes, sont tellement tellement tellement tellement dits, on ne peut que s’étonner que ça soit à ce point." (4)

 

Sources :

(1) Podcast France Culture ; L’art est la matière ; ORLAN sous toutes les coutures

(2) Podcast France Culture ; Masterclasse ; ORLAN « J’ai toujours fait de l’art, je ne sais pas faire autre chose »

(3) Site Internet Ceysson-Benetière ; ORLAN telle qu’en elle-m’aime

(4) Podcast France Culture ; La Dispute ; Les choix d’ORLAN

 

Le catalogue

Un catalogue est publié à l’occasion de cette exposition chez Manuella Éditions.

Un entretien et des essais inédits portent un regard nouveau sur l’œuvre d’ORLAN.

 

Contenu

Des textes de :

Julie Crenn et Annabelle Ténèze, commissaires de l'exposition, en introduction sur les "Corps-Sculptures"
Un essai d’Emilie Bouvard à propos de la période des années 1960 à 1977
Un essai d’Elsa Dorlin à propos de la notion de corps politique

 

Un essai de Florian Gaité à propos des performances chirurgicales

 

Un essai de Manuela de Barros à propos des nouvelles technologies

 

Et un entretien d'ORLAN avec Maura Reilly, commissaire et critique d'art américaine

 

Avec des photos de l'exposition Manifeste ORLAN. Corps et sculptures aux Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse, du 8 avril au 28 août 2022, et d'œuvres emblématiques de la carrière d'ORLAN autour de cette notion de "Corps-sculpture"

180 pages

Un essai de Manuela de Barros à propos des nouvelles technologies Et un entretien d'ORLAN avec Maura Reilly, commissaire et critique d'art américaine

Avec des photos de l'exposition Manifeste ORLAN. Corps et sculptures aux Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse, du 8 avril au 28 août 2022, et d'œuvres emblématiques de la carrière d'ORLAN autour de cette notion de "Corps-sculpture"

180 pages

 

À propos des Abattoirs

Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse, ouvrent en 2000 dans un bâtiment patrimonial du XIXe siècle rénové pour proposer des expositions d’art moderne et contemporain et des créations d’artistes.

Institution inédite née de la fusion du Musée d'art moderne et contemporain de la Ville de Toulouse, et du Fonds régional d'art contemporain, les Abattoirs réunissent sur site des collections permanentes, des expositions, une bibliothèque, une galerie des publics, des ateliers, un auditorium, une librairie et un restaurant. Ils diffusent en Occitanie les collections de l’établissement et accompagnent des productions d’artistes, dans les lieux les plus divers en lien direct avec les acteurs du territoire.

Avec un programme ambitieux d'expositions sur leur site toulousain et en région, la présence d'artistes majeurs et émergents dans leur programmation, et la diversité de leurs actions envers tous les publics, les Abattoirs sont plus que jamais un acteur de la vie culturelle, artistique, économique et sociale de la Ville de Toulouse et de la Région Occitanie, tout en s'affirmant sur la scène nationale et internationale avec des partenariats forts.

Les Abattoirs sont labellisés "Musée de France".Depuis septembre 2016, les Abattoirs sont dirigés par Annabelle Ténèze.

Les soutiens institutionnels

Mairie de Toulouse, La Région Occitanie /Pyrénées-Méditerranée, Ministère de la Culture, Préfet de la Région Occitanie.

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Les Abattoirs, Musée - Frac Occitanie Toulouse

Musée d'art moderne et contemporain

Fonds régional d'art contemporain

76 allées Charles de Fitte

31300 Toulouse

www.lesabattoirs.org

 

33 (0) 5 62 48 58 00 (accueil administration)

ou 33 (0) 5 34 51 10 60 (serveur vocal)

Accès

Métro : ligne A, arrêt "Saint-Cyprien République"

Bus : n°31 et 45, arrêt "les Abattoirs"

Horaires

Ouvert du mercredi au dimanche de 12h00 à 18h00.

Nocturne le jeudi jusqu’à 20h00 (hors vacances scolaires).

Tarifs

Plein tarif : 8,00 €

Tarif réduit : 6,00 € ou 5,00 €

+33 (0)7 50 82 00 84

federica@annesamson.com

 

#LesAbattoirs#muséedeFrance#FracOccitanieToulouse#patrimoineXIX#artmoderne#artcontemporain#creationsdartistes#vieculturelle#vieeconomique#viesociale#villedeToulouse#RegionoccitaniePyrenéesMediterranée#ministeredelaculture#PrefetdelaRegionOccitanie#Orlan#Corpssculpture#expositionmanifeste#tripadvisorculture#cultureetplus#Youtube#

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :