MATI DIOP, REALISATRICE
DAHOMEY
Sortie en France le 11-09-2024
Un film de Mati Diop
Avec
Les intervenants de l’Université d’Abomey-Calavi : IMELDA BATAMOUSSI, DIANE CAKPO, CHAMELIE DOGNON, MORIAS AGBESSI, GILBERT GODOVO, GILDAS ADANNOU, JOSEA GUEDJE, GAËL DAAVO, ROSE OUEMEHO, HABIB AHANDESSI, MARYLINE AGBOSSI, DIDIER SEDOHA NASSANGADE, RAÏMI BASSITOU NOUATIN, JOËL TCHOGBE, EDAH GONTRAN, DONALD GBOSSA, YVON KOSSOU-YOVO, DONALD GBOSSA, EDAH GONTRAN, MESSI BOCO, ODILON GBENONTIN, KEVIN DA-SILVA, DOWOTI DESIR, MICHELINE AYINON, BICAREL GNIKPO, NADIA VIHOUTOU KPONADOU L’équipe des conservateurs et régisseurs de l’exposition : CALIXTE BIAH, ABDOULAYE IMOROU, PAUL TIMOTHEE DOTO, JULES BOCCO, RICHARD J. V. SOGAN, DIDIER DONATIEN ALIHONOU et le commissaire de l’exposition ALAIN GODONOU et Les étudiants de l’INMAAC (promotions 2019 - 2020) Distribution France • Ventes à l'international
Synopsis
Cinq ans après sa consécration au festival de Cannes pour "Atlantique", Mati Diop revient en salle avec "Dahomey", l'Ours d'or de la Berlinale 2024, un film documentaire fantastique retraçant le long périple de la restitution de 26 trésors royaux béninois à leur pays d'origine.
Le 10 novembre 2021, à l'issue d'un processus long de plusieurs années, 26 trésors royaux spoliés par la France pendant le 19ème siècle sont restitués au Bénin.
A l'image d'Atlantique (Grand prix de Cannes 2019), Dahomey est un film hybride, entre le documentaire et la fiction fantastique. En prêtant sa voix aux statues dérobées puis aux étudiant.e.s béninois de l'université d'Abomey, il plonge son spectateur au cœur du débat postcolonial de la restitution patrimoine matériel africain par les pays européens.
Mati Diop nous emmène avec elle, des sous-sols du quai Branly jusqu'au palais présidentiel de Cotonou, pour suivre le voyage de retour des statues jusqu'à leur pays natal.
France Culture vous invite chaque mois à découvrir l'un de ses films partenaires en avant-première. La projection est suivie d'une rencontre avec le réalisateur ou la réalisatrice et menée par Antoine Guillot, producteur de l' émission Plan Large diffusée chaque samedi à 14h et en multidiffusion à 23h.
Novembre 2021, vingt-six trésors royaux du Dahomey s’apprêtent à quitter Paris pour être rapatriés vers leur terre d’origine, devenue le Bénin. Avec plusieurs milliers d’autres, ces œuvres furent pillées lors de l’invasion des troupes coloniales françaises en 1892. Mais comment vivre le retour de ces ancêtres dans un pays qui a dû se construire et composer avec leur absence ? Tandis que l’âme des œuvres se libère, le débat fait rage parmi les étudiants de l’université d’Abomey Calavi.
Producteurs: Eve Robin, Judith Lou Levy - Les Films du Bal / Mati Diop - Fanta Sy
Distribution France: Les Films du Losange
Ventes à l'international: Les Films du Losange
Nationalités: Bénin, Sénégal, France
Scénario: Mati Diop
Directeur de la photographie: Joséphine Drouin Viallard
Montage: Gabriel Gonzalez
Son: Nicolas Becker, Corneille Houssou, Cyril Holtz
Musique: Dean Blunt, Wally Badarou
Durée: 1H08
Format image: 1.85
Format audio: 5.1
Année de production: 2024
POUR EN SAVOIR PLUS
Visionner quelques séquences du film : https://filmsdulosange.com/film/dahomey/
Mati Diop Réalisatrice, actrice
DOSSIER PEDAGOGIQUE
https://filmsdulosange.com/wp-content/uploads/2024/07/Dossier-pedagogique-Dahomey.pdf
Dossier pédagogique du film DAHOMEY de Mati Diop, 2024
Réalisé par Bénédicte Laplane et Marie Saumet, professeures agrégées d’Histoire-Géographie
Pour bien comprendre et faire comprendre le film Dahomey, ce film puissant qui mêle passé et présent, histoire et fantastique, fiction et documentaire, et les différents enjeux de la question des restitutions des biens culturels pillés par les puissances colonisatrices, nous avons préparé ce dossier qui a pour objectif d’aider à organiser une exploitation en amont et en aval de la projection du film. Ce dossier s’adresse en priorité aux professeurs de lycée puisque le public visé est celui des Premières et Terminales pour lesquels cinq activités pédagogiques variées sont proposées.
SOMMAIRE
I. Présentation du film et de sa réalisatrice Mati Diop (dossier de presse)
II. Eclairage historique et historiographique
1. La construction du Royaume du Dahomey et les ambitions coloniales européennes
2. La période de la décolonisation
3. La période post-coloniale
4. Un débat sur les restitutions qui ressurgit dans le contexte des questions mémorielles
5. Les questions soulevées par les demandes de restitution
III. Propositions d’activités pédagogiques
1. Activité 1 : histoire et histoire des arts, présentation des œuvres d’art protagonistes du film
2. Activité 2 : Les métiers du patrimoine en action autour des enjeux de conservation d’une œuvre d’art
3. Activité 3 : La restitution en débat
4. Activité 4 : un enjeu d’avenir pour les musées
5. Activité 5 : Faire parler une œuvre, la question de la réappropriation culturelle (les œuvres, la langue, le sacré…)
IV. Documents d’accompagnement et bibliographie
V. Séquençage et citations du film Dahomey (1h08
I. Présentation du documentaire, de la réalisatrice Mati Diop (dossier de presse)
Mati Diop est une actrice et réalisatrice franco-sénégalaise. Elle est née à Paris en 1982. Elle incarne une nouvelle voix du cinéma français et africain. En 2024, elle remporte l’Ours d’or au Festival international du film de Berlin pour Dahomey. Le film retrace la restitution par la France de 26 trésors royaux datant de l’ancien royaume du Dahomey au Bénin en novembre 2021.
II. Eclairage historique et historiographique
Le Dahomey est une entité politique préexistante à la colonisation et qui parvient à survivre à plusieurs décennies de colonisation. Le royaume du Dahomey est le noyau territorial de construction nationale du Bénin actuel, ce qui représente une forme de continuité de la souveraineté territoriale et de frontières antérieures à la colonisation avec le réemploi de noms d’anciennes entités politiques africaines.
1. La construction du Royaume du Dahomey et les ambitions coloniales européennes
Le XVIIème est le siècle de formation du Dahomey.
En 1716, le roi Agadja obtient l’indépendance face au royaume d’Alladra et commence une politique de conquête territoriale. Le territoire s’étend du plateau d’Abomey jusqu’au littoral en 1724, ce qui place le Dahomey comme partenaire économique des Européens et principal fournisseur de la traite, tout en continuant ses conquêtes avec le royaume d’Hueda.
Ce royaume est centralisé autour du rituel de l’Hwetanu qui est la grande collecte de tributs des royaumes et territoires conquis par le Dahomey. Les officiers nommés par le roi forment la bureaucratie.
Le royaume est structuré par la guerre et développe une éthique martiale. La puissance militaire est incarnée par le bataillon d’élite féminin, les Agojié. L’Etat met en scène ces femmes qui peuvent recevoir une formation militaire, contrairement aux royaumes voisins.
Des tensions apparaissent entre les Fons (groupe ethnique favorisé) et les autres communautés béninoises (ce qui explique le changement de nom à l’indépendance).
Lors de la première moitié du XIXème, le pays se tourne vers la production et l’exportation de produits comme l’huile de palme notamment après l’arrêt de la traite décidé par les Européens. Le royaume se couvre d’un réseau de nouveaux palais pour contrôler les communautés rurales.
La lutte contre les ambitions coloniales françaises et britanniques prend de l’ampleur lors de la deuxième moitié du XIXème siècle. En 1851 le traité d’amitié signé entre le Dahomey et la France n’empêche pas la montée des tensions.
En 1882, le royaume du Dahomey est placé sous protectorat.
En 1889, les troupes françaises sont engagées lors de la Première guerre du Dahomey qui aboutit à la perte de souveraineté sur Porto-Novo et Cotonou, puis en 1892 l’entrée des troupes françaises menées par l’officier Alfred Dodds dans la capitale Abomey, après deux ans de résistance du roi Gbéhanzin (ou Béhanzin), conduit au pillage du palais princier et au vol des objets royaux qui sont les protagonistes du film Dahomey. Le roi Gbéhanzin est contraint à la reddition en 1894.
• Atlas historique de l’Afrique, F-X. Fauvelle et I. Surun, Autrement, 2019
2. La période de la décolonisation
En 1946, l’après-Seconde Guerre mondiale est un contexte favorable aux demandes des colonisés (faiblesse des colonisateurs, défaite de la France, soutien des Etats-Unis au mouvement de décolonisation). La France ne peut garder son empire colonial tel quel, malgré son refus d’envisager les indépendances (conférence de Brazzaville en 1944). Elle abolit le travail forcé, reconnait la citoyenneté française des habitants des colonies. L’empire est remplacé par « l’union française » mais les 30 millions d’Africains français envoient 23 députés à l’Assemblée Nationale tandis que les 45 millions de Français métropolitains en élisent 550.
En 1956, ce système inégal atteint ses limites en pleine guerre d’Algérie et les revendications indépendantistes montent. La loi-cadre du ministre Gaston Defferre fixe une plus grande autonomie politique. Leopold Sedar Senghor prône en 1959 la création d’une grande Fédération du Mali rassemblant le Sénégal, le Soudan, le Dahomey et la Haute-Volta, pour lutter contre une possible « balkanisation de l’Afrique » mais cette idée est torpillée par Félix Houphouët-Boigny et par ces embryons de gouvernements créés par la loi Defferre.
En août 1960, le Dahomey, futur Benin, gagne son indépendance en même temps que le Niger et la Haute-Volta, futur Burkina Faso…
De nombreux futurs leaders africains ont fait leurs premières armes politiques en ayant été députés de l’Assemblée nationale comme Sourou Migan Apithy, qui sera président de la République du Dahomey de 1964 à 1965.
Le Bénin connait 5 coups d’Etat entre 1964 et 1972 liés à la militarisation du pouvoir politique, aux antagonismes ethniques et aux problèmes de développement et de corruption.
Durant cette période les premières voix demandant les restitutions se font entendre. Les élites africaines à Lagos, Kinshasa mais aussi Londres ou Paris plaident pour une reconnexion collective avec la culture africaine et défendent une approche universaliste de l’art qui dépasse une vision purement occidentale.
• B. Droz, Histoire de la décolonisation au XXème, 2006
• B. Savoy, Le long combat de l’Afrique pour son art, édition française, 2023
3. La période post-coloniale
Les premières demandes de restitutions sont formulées dès les années 1960 par le Bénin. Elles sont relayées par les institutions internationales dans les années 1970.
En 1965, Joachim Paulin dans Bingo, un magazine panafricain paraissant à Dakar, clame « rendez-nous l’art nègre » !
Dans son éditorial au vitriol il décrit les pratiques de captation continue des missionnaires, explorateurs et « autres brocanteurs » et la nécessité de récupérer les arts plastiques « pour le chemin qu’il (…) reste à parcourir ». Cet article est le prélude au Festival mondial des arts nègres voulu par Senghor qui eut lieu l’année suivante, en 1966.
En octobre 1973, à la tribune de l’ONU, Mobutu dénonce « le pillage sauvage et systématique de toutes [les] œuvres artistiques [africaines].” « Nous sommes pauvres non seulement économiquement, mais aussi culturellement ». «
Je demande que cette Assemblée générale vote une résolution demandant aux puissances riches qui possèdent des œuvres d’art des pays pauvres d’en restituer une partie afin que nous puissions enseigner à nos enfants et à nos petits-enfants l’histoire de leur pays ». Cette résolution de l’ONU est votée à l’unanimité des voix, sans les puissances coloniales qui s’abstiennent.
Les arguments utilisés par les directeurs des musées européens à cette époque pour s’opposer aux demandes de restitution sont ceux qui resserviront plus tard.
Les discours mettent en avant la dimension légale des acquisitions muséales et s’opposent à la dimension émotionnelle des demandes de restitution. « Tout ce que nous possédons nous est parvenu légalement » formule David Wilson, directeur du British Museum de 1977 à 1992.
A connaitre : les « Post-colonial studies » nées dans les années 1970 : c’est une relecture de l’histoire coloniale en articulant une critique de la domination concrète mise en œuvre par les nouveaux maitres avec celle, moins évidente et moins étudiée, d’une domination culturelle et psychique des sociétés dominées et des colonisés.
Ce postcolonialisme veut aussi penser les effets de la colonisation sur les colonies mais aussi sur les sociétés colonisatrices
• N. Bancel, Le Postcolonialisme, Que sais-je, 2022
Un autre argumentaire se développe pour disqualifier les compétences et les infrastructures muséales des Etats fraîchement indépendants.
Enfin les musées européens vont valoriser la dimension universelle de leurs collections et s’opposer à la dimension nationaliste et identitaire de revendications nationales africaines. Il serait « irresponsable de céder au nationalisme des pays en développement » est la réponse du directeur général des Musées nationaux de Berlin-Ouest.
Le débat public sur ces questions s’intensifie entre 1978 et 1982 en France où Pierre Quoniam, inspecteur des musées de France, appelle à un « effort d’intelligence » pour définir une position juste et durable sur les restitutions.
Ces arguments, puis le silence et l’oubli qu’on leur a opposés ont démobilisé les activistes. Une période d’amnésie neutralise un temps la question des restitutions face à l’urgence des choix économiques pour le développement des Etats africains et des premières préoccupations environnementales au niveau international (avertissement sur le réchauffement climatique dès les années 1970). Cette période marque pour les Post-colonial studies une « défaite postcoloniale ».
4. Un débat sur les restitutions qui ressurgit dans le contexte des questions mémorielles En France, le passé colonial a été longtemps absent des discours officiels, des commémorations et des lieux de mémoires. Le début des années 2000 marque un tournant. La loi de 2001, dite loi Taubira, qui reconnaît la traite négrière transatlantique et l’esclavage comme un crime contre l’Humanité soulève un débat dans la société. Une génération d’historiens a travaillé à éclairer le passé colonial et à partir des années 2000 une visibilité plus grande est donnée à leurs travaux (comme lors de la parution du Livre noir du Colonialisme de Marc Ferro en 2003) et stimule la création de groupes de recherche comme l’Association de la Connaissance Historique de l’Afrique Contemporaine (ACHAC). Ce mouvement contribue au développement de nouvelles institutions, comme le projet de Mémorial national de la France d’outre-mer prévu à Marseille en 2000, soutenu par l’Etat en 2003 puis finalement abandonné en 2006, ou encore la création d’un comité pour la Mémoire de l’esclavage en 2004. La controverse de 2005 sur l’enseignement des aspects positifs de la colonisation accélère le processus collectif de remémoration du passé colonial. Ce processus de réactions, publications, de mise en place d’expositions et de documentaires sur le sujet est renforcé par les suites du discours du président Nicolas Sarkozy à Dakar en 2007.
Différents courants se dessinent après 2007 dans l’historiographie française :
- Les partisans d’une vision moderne et complexe d’une Afrique ancrée dans l’histoire mondiale, en parallèle d’une dénonciation de la présence française et de la Françafrique néocoloniale. Publication d’ouvrages grand public avec la vulgarisation des post colonial studies (voir encadré) et la redécouverte d’auteurs anticoloniaux comme F.Fanon ou A.Césaire
- qui s’opposent aux « afropessimistes » (P.Péan, S.Smith…) qui légitiment la présence française en Afrique accompagnés à droite et à extrême-droite de la guerre culturelle avec la révision de l’histoire de France, la dénonciation de la repentance incarnée par Patrick Buisson qui mobilise l’Histoire à des fins politiques en niant les crimes de la colonisation.
• F.Robinet « Mémoires françaises de l’empire : silences, controverses, instrumentalisations » in P. Singaravélou (dir), Colonisation, notre histoire, Seuil, 2023
https://filmsdulosange.com/wp-content/uploads/2024/07/Dossier-pedagogique-Dahomey.pdf
POUR EN SAVOIR PLUS – INFORMATIONS PRATIQUES
Venez assister à la projection en avant-première du film "Dahomey"
Mardi 10 septembre à 20h30 au cinéma Le Méliès à Montreuil.
Une séance suivie d'une rencontre avec la réalisatrice Mati Diop, animée par Antoine Guillot
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