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LEE MILLER, NAN GOLDIN ET NIKOS ALIAGAS 
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LEE MILLER, NAN GOLDIN ET NIKOS ALIAGAS LEE MILLER, NAN GOLDIN ET NIKOS ALIAGAS 
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TROIS PHOTOGRAPHES AU CŒUR DE L'HUMAIN A PARIS

THIS WILL NOT END WELL DE NAN GOLDIN AU GRAND PALAIS

LES GRANDS ÂGES DE NIKOS ALIAGAS AU MUSEE DE L’HOMME.

 

Trois grands musées parisiens braquent cette saison les projecteurs sur les œuvres de ces trois artistes que tout oppose en apparence : sujets, époque, regards, mais que relie un objectif immanquablement tourné vers l’humain. « L’Orient-Le Jour » vous en fait le parcours.

 

À l’affiche des grandes institutions muséales parisiennes, la photo occupe en ce printemps une place de choix, portée notamment par trois expositions majeures :

 

Une rétrospective Lee Miller au Musée d’art moderne de Paris.

Nul besoin d’être féru de photographie pour inscrire à son calendrier ces trois visites. Il suffit juste d’être curieux de l’humain, d’être attentif à ce que les « êtres » laissent affleurer d’eux-mêmes : émotions intimes, rapport au temps, ou encore ces traversées d’obstacles qui jalonnent et façonnent une vie quelle que soit l’époque.

Car ce sont ces histoires-là que racontent par la caméra ces trois artistes que tout semble opposer a priori. À commencer par les époques de réalisation de leurs prises de vues.

Et pour cause, l’œuvre de Lee Miller traverse la première moitié du XXe siècle, du surréalisme des années vingt aux témoignages des camps de la mort au sortir de la Seconde Guerre mondiale, avec un regard allant de la fantaisie formelle à la violence du réel.

Chez Nan Goldin, la photographie ressemble à un rugissant journal intime, une chronique à vif des marges et des blessures expérimentées essentiellement au cours des décennies seventies-nineties. Tandis que Nikos Aliagas cherche, au contraire, à saisir au moyen de l’art du portrait une forme d’humanité silencieuse derrière les visages anonymes de ses contemporains.

À travers ces trois écritures photographiques émergent ainsi trois façons de raconter l’humain, de documenter une époque et de révéler la manière dont chaque génération regarde le monde. D’où l’intérêt de plonger dans ces chroniques humaines en clair-obscur, allant des années 1920 jusqu’aux instantanés contemporains, en passant par les turbulentes décennies de la fin du XXe siècle.

Il y a des vies qui ressemblent à des romans d’aventures. Celle de Lee Miller (1907- 1977) en est une. Mannequin dans le New York des années 1920, égérie de Man Ray dans le Paris surréaliste, épouse d’un bey égyptien, photographe de mode pour Vogue à Londres puis correspondante de guerre au plus près de l’horreur des camps nazis, l’Américaine aura vécu plusieurs existences en une seule. C’est cette trajectoire vertigineuse que retrace l’ample rétrospective, simplement intitulée « Lee Miller », que lui consacre (après la Tate Britain, l’automne dernier) le Musée d’art moderne de Paris*.

L’accrochage, qui suit chronologiquement son parcours, s’ouvre sur ses débuts devant l’objectif. Archétype de l’Américaine moderne, Lee Miller commence par poser comme modèle pour les plus grands magazines de son temps (Vogue etc.) dont elle devient rapidement une figure iconique. Sauf qu’elle réalise très vite qu’elle « préfère regarder que d’être regardée ». Un désir d’observer le monde, plutôt que rester simplement une image, qui l’amènera à traverser l’Atlantique pour rejoindre Paris, cœur battant de l’effervescence surréaliste à l’époque.

La section suivante plonge le visiteur dans ses années parisiennes qui dureront de 1929 jusqu’en 1932. On la découvre dans Le sang d’un poète, premier film de Jean Cocteau, projeté sur grand écran, dans lequel elle joue le rôle d’une statue. Puis, aux côtés de Man Ray, dont elle fut autant la muse, la collaboratrice que la compagne. Avec lui, Lee Miller développera son intérêt pour la photo. Elle expérimentera les solarisations, les jeux de miroirs, les fragments de corps. L’exposition met en lumière son talent particulier pour le cadrage ainsi que son apport au travail de Man Ray. Et notamment sa participation à l’élaboration de la fameuse photo Le Violon d’Ingres pourtant uniquement attribué à ce dernier… Ses images de cette époque flirtent avec l'onirisme, le rêve, l’étrangeté. Cependant, même dans les compositions les plus esthétiques, quelque chose vacille déjà, comme une forme de menace sourde...

En 1932, elle prend son envol en solo. Elle repart à New York, où elle ouvre un studio de portraits. Activité qu’elle poursuivra tout au long de sa vie et dont on retrouve dans cette exposition des photos désormais référencées des grandes figures de son temps. Des artistes et amis tels que Man Ray évidemment mais aussi Picasso, Paul Éluard, Colette ou encore Charlie Chaplin.

Puis suivront les années orientales. Mariée à un homme d’affaires égyptien, installée au Caire avec son époux Aziz Eloui Bey, Lee Miller délaisse l’agitation parisienne pour sillonner caméra au poing la région : Jordanie, Syrie, Liban – ainsi que le signale le texte de l’exposition, sans en montrer néanmoins des clichés. Dans cette section de l’accrochage, ce sont surtout des paysages désertiques égyptiens : dunes, routes perdues, architectures silencieuses qui révèlent, loin d’un exotisme facile, sa quête des formes dépouillées.

L’exposition se poursuit ensuite avec une section consacrée à la Seconde Guerre mondiale, dont les images sont d’une densité bouleversante. Établie à Londres, où elle a rejoint son amant Roland Penrose, elle contribue « à l’effort de guerre » en poursuivant un travail de photographe de mode au Vogue anglais. Mais derrière l’apparente superficialité de ses sujets affleure une inquiétude diffuse. Pour cette femme libre l’élégance n’annule jamais la brutalité du monde. Elle va s’émanciper du cadre étroit réservé à ses consœurs féminines pour devenir correspondante de guerre. Lee Miller photographiera ainsi toujours pour Vogue : Londres sous les bombardements, la Libération de Paris puis l’entrée dans les camps de Dachau et Buchenwald. Des images insoutenables, bien que d'une grande rigueur formelle, devenues témoignage historique.

 

Au sortir de ce parcours de quelques 250 photos, tirages d'époque, additionnées de documents d’archives, une évidence s’impose : longtemps enfermée dans le rôle d'égérie de Man Ray, Lee Miller aura été en réalité son égale, sinon plus, au niveau artistique. Cette rétrospective lui restitue enfin sa juste place. Celle d’une photographe majeure qui aura traversé son époque avec une liberté farouche, une vision avant-gardiste et un regard d’une rare cohérence sur l’absurde fonctionnement du monde.

Jusqu’au 2 août

https://www.youtube.com/shorts/V8wK2LgDc_c

https://www.mam.paris.fr/fr/expositions/exposition-lee-miller

 

Pour Nan Goldin, « Cela va mal se terminer »

Autre grande figure américaine de la photographie à investir en ce printemps la scène parisienne : Nan Goldin. À peine franchit-on le seuil de l’exposition « This Will Not End Well » (« Cela va mal se terminer ») que lui consacre le Grand Palais*, on comprend qu’il ne s’agit pas d’une rétrospective photographique classique.

 

Pensée plutôt comme une expérience sensorielle, voire comme un journal intime laissé ouvert dans la pénombre, elle entraîne les visiteurs dans une tumultueuse traversée émotionnelle. Celle des fragments de vie de cette photographe exposés sans filtre. Une immersion qui doit beaucoup à la scénographie imaginée par l’architecte libanaise de renommée internationale Hala Wardé, articulée autour de six pavillons sombres et parfois labyrinthiques, dans lesquels des flux d’images sont projetés sur de grands écrans accompagnés de sons, de musiques et de voix.

 

Une présentation sous forme cinématographique d’une multitude de clichés et de diapositives rassemblés par cette figure de proue de la photographie autobiographique et intimiste, au cours des cinq dernières décennies.

 

Connue pour sa « captation du réel » et son travail lié à la scène underground new-yorkaise, Nan Goldin n’a en réalité photographié que ceux qu’elle aime : ses amis, ses amants, les communautés queer, les êtres en marge, les populations brimées qu’elle a toujours défendus dans son art. Chez elle, ce n’est jamais l’esthétisme de la photo qui prime, mais ce qu’elle dit de la vie : instantanés de l’intimité et du couple, du quotidien et des fêtes extravagantes, de l’espoir et du désespoir, des états de liesse, de trouble et de solitude... Des moments qu’elle capture avec une frontalité bouleversante, sans chercher à embellir ni à protéger.

 

Érigés comme des chambres mentales, les pavillons de projections des « films composés de diaporamas », que les spectateurs franchissent les immergent ainsi, à chaque fois, dans des atmosphères quasi hypnotiques. Depuis l’iconique The Ballad of Sexual Dependency, chronique des nuits new-yorkaises des années 1981 jusqu'à 2022 qui dépeint, avec une tendresse rageuse, une génération queer emportée par les excès, les addictions, le sida et les violences intimes, jusqu’à Gaza – son œuvre vidéo en cours, construite à partir d’images filmées, signale-t-elle, par « des amis, des journalistes sur le terrain et des habitants » de l’enclave palestinienne – , chaque image semble chargée d’une histoire vécue, comme une manière de la sauver de l’effacement.

 

Parmi les ensembles les plus bouleversants : The Other Side (1972 et 2010), un hommage aux femmes trans et drag queens, filmé loin d’un regard de documentaire froid, comme des membres d’une famille que l’artiste s’est choisie, et qu’elle a saisi dans leur vulnérabilité comme dans leur flamboyance. Ensuite : Memory Lost (2019-2021) qui transforme le récit du sevrage aux drogues dures en expérience sensorielle suffocante. Images fragmentées, visions hallucinées, saturation sonore, Goldin y traduit l’effondrement physique et psychique avec une brutalité presque insoutenable. Et puis Stendhal Syndrome qui surprend par sa tonalité contemplative axée sur la beauté comme facteur d’extase. Inspirée des Métamorphoses d’Ovide, cette œuvre récente (2024) assemble des détails de peintures et de sculptures classiques du Musée du Louvre avec des scènes contemporaines et des portraits de membres de son entourage saisis comme au bord du vertige.

 

Ce qui frappe dans l’œuvre photographique de Nan Goldin, c’est son empathie subversive. Rarement la photo n’aura semblé à ce point indissociable de l’humain, saisi dans sa vérité la plus crue, avec ses zones d’ombres, ses exaltations, ses plaies ouvertes et ses vertiges que dans ce This Will Not End Well. Une rétrospective au titre ironiquement prémonitoire dont on sort le regard un peu plus dessillé...

Jusqu’au 21 juin

https://www.facebook.com/watch/?v=1519656969734342

https://www.grandpalais.fr/fr/programme/nan-goldin-will-not-end-well

 

La tendresse du regard de Nikos Aliagas sur « Les grands âges »

 

L’humain est lui aussi au centre des images de Nikos Aliagas. On savait l’emblématique animateur du télé-crochet The Voice féru de photo et même portraitiste de stars à ses heures perdues (merci Paris-Match !), sauf que la série de portraits en noir et blanc de personnes âgées de différentes nationalités et conditions sociales qu’il présente au Musée de l’homme à Paris, dévoile son regard d’une grande sensibilité posé sur ses contemporains anonymes.

 

Ni clichés misérabilistes, ni représentations idéalisées du « bien vieillir », ses images en noir et blanc, rassemblées sous l’intitulé « Les grands âges », saisissent avec une densité sculpturale des visages creusés de sillons, des mains marqués par le temps, des silhouettes courbées et des corps parcourus de traces laissées par l’existence…

 

Ce qui frappe surtout, c’est la tendresse qui imprègne le travail photographique d'Aliagas. S'appuyant sur une citation de Marguerite Yourcenar « Le temps, ce grand sculpteur », ses clichés restituent la dignité des êtres photographiés sans verser dans le pathos. On y perçoit son attention à la mémoire incarnée, aux liens familiaux comme aux présences parfois solaires et enjouées, d’autres fois solitaires et silencieuses, de ces hommes et femmes qui ont été jeunes eux aussi… Et que notre époque, obsédée par la jeunesse, tend désormais à reléguer hors du champ de la visibilité.

 

Au fil de la visite, on découvre que certains portraits nous ramènent à notre propre relation à nos proches âgés, tandis que d’autres nous renvoient à notre propre devenir... Car ces faciès ne parlent pas seulement de vieillesse : ils parlent du temps qui nous façonne tous, subrepticement. Et c'est sans doute là que réside la force de ces images.

 

Cette forte résonance intime trouve aussi son prolongement dans la réflexion qui accompagne cette exposition née de la rencontre entre Nikos Aliagas et le biodémographe Samuel Pavard, qui conjugue les approches artistique et scientifique des deux hommes autour des grands âges. Une vidéo, mêlant images du making-of et conversation entre le scientifique et le photographe éclaire d'ailleurs cette démarche. Car de leur dialogue, nourri d’expériences et de questionnements sur les nouvelles perspectives de longévité notamment, se dessine une lecture humaniste et anthropologique de la vieillesse, envisagée non seulement comme une réalité biologique, mais aussi comme une question culturelle, sociale et politique. Une exposition photo intéressante à plus d'un titre.

Jusqu’au 3 janvier 2027

https://www.instagram.com/reels/DW5-ufaErH2/

 

https://www.museedelhomme.fr/fr/exposition/les-grands-ages

Crédits photographiques et légendes

De haut en bas et de gauche à droite : Nan Goldin dans un autoportrait de 2006, Nikos Aliagas avec Samuel Pavard et Lee Miller en autoportrait surréaliste. Photo montage Nima Salha.

Lee Miller dans Model with a Lightbulb, Photo tirée des archives de Lee Miller; circa 1943. Avec l'aimable autorisation du Musée d'art moderne de Paris

Sans titre (Dômes du monastère de Sainte-Marie el Sourian) Wadi Natrun, Egypte. Epreuve gélatono-argentique tirage moderne des archives de Lee Miller East Sussex (Angleterre) . Avec l'aimable autorisation du Musée d'art moderne de la ville de Paris.

Photo de mode pour Vogue prise dans les décombres en 1941, à Londres, tirée des archives de Lee Miller.  Avec l'aimable autorisation du Musée d'art moderne de la ville de Paris.

Brian and Nan in kimono, 1983. Photo de Nan Goldin; Avec l'aimable autorisation du Grand Palais

French Chris at the Drive-in, N.J, 1979. Photo Nan Goldin; Avec l'aimable autorisation du Grand Palais.

"Young Love" de la série "Stendhal Syndrome" de Nan Goldin. Avec l'aimable autorisation du Grand Palais.

"Les mains" une photo de l'exposition "Les Grands âges" de Nikos Aliagas. Photo avec l'aimable autorisation de l'artiste et du Musée de l'Homme, Paris. 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Source : L'OLJ / Par Zéna ZALZAL, le 2 juin 2026 à 20h27

https://www.lorientlejour.com/

Complément d’article réalisé par la journaliste Colette Mary et l’infographiste Franck Hantan

 

INFORMATIONS PRATIQUES

Musée d’Art Moderne de Paris

11 Avenue du Président Wilson 75116 Paris - Standard : Tél. +33 1 53 67 40 00

https://www.mam.paris.fr/fr/informations-pratiques

 

Grand Palais 17, avenue du Général Eisenhower Paris

https://www.grandpalais.fr/fr/informations-pratiques

 

Musée de l’homme 17 place du Trocadéro  Paris

https://www.museedelhomme.fr/fr/preparer-sa-visite

 

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